La “grande bouffe” avec François de Rugy

lien vers ‘article : Politis.net

Dîners fastueux : François de Rugy a-t-il été blanchi par un rapport de l’Assemblée ?

Fact-checking · 6 sep. 2019 à 08:00 · Commentaires 0

François de Rugy - Affaire Mediapart

Vous pouvez écrire sur internet ce que vous voulez”. Invité de l’émission C à vous sur France 5 le 3 septembre, François de Rugy a fustigé “une petite entreprise qui est dans l’impunité la plus totale”, sans la nommer. Comme si Mediapart n’était pas un site d’information reconnu, obéissant à des règles déontologiques. Car c’est bien connu, on publie n’importe quoi sur internet.

Son attaque contre Mediapart est intervenue 24h après la publication d’un nouvel article du site d’information, dénonçant les mensonges répétés de l’ancien ministre. Un article précis, sérieux, bien étayé, qui déconstruit patiemment l’argumentaire de l’ancien ministre. Un travail journalistique irréprochable… que nous allons vous faire partager afin qu’internet ne soit pas, comme l’affirme de Rugy, un espace où l’on publie n’importe quoi.

Épisode 1 : Les dîners fastueux de François de Rugy

Mediapart a accusé François de Rugy d’avoir organisé des dîners fastueux à l’hôtel de Lassay lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale. Des dîners qui n’avaient rien de professionnels.

Après sa démission, l’ancien ministre a pourtant fait le tour des plateaux télés et des radios pour affirmer qu’il avait été blanchi par un rapport de l’Assemblée nationale. Ce rapport dirait “noir sur blanc que les dîners à l’Assemblée étaient des dîners professionnels, qui rentreraient dans le cadre de [ses] fonctions” a-t-il déclaré sur BFMTV le 29 juillet. Sauf que c’est faux, comme le démontre Mediapart : “Bien que très complaisant parce que réalisé par son ancien subordonné, le rapport de l’Assemblée a tout de même épinglé trois des douze dîners mis en cause : le repas de Noël 2017, la soirée de la St Valentin 2018, et un troisième dîner sans « thème de discussion »”, explique le site d’information. De Rugy a d’ailleurs promis de rembourser les frais incombant à ces trois dîners. Il est donc faux de dire que le rapport de l’Assemblée l’a “blanchi”.

S’agissant du dîner de la St Valentin, De Rugy a d’ailleurs apporté une excuse bidon sur BFMTV, en expliquant qu’il avait dîné à l’hôtel de Lassay, et non au restaurant avec sa femme, parce qu’il se trouvait “entre deux séances” parlementaires, “l’après-midi, le soir”. Or, c’est faux, comme l’a précisé l’AFP : le 14 février 2018, la séance a non seulement été levée à 19h20 mais De Rugy l’a quittée bien avant, à 16h10, selon le compte-rendu de séance.

Quant aux neuf autres dîners épinglés par Mediapart, le rapport de l’Assemblée estime qu’ils ne posaient “pas de difficulté particulière” et “ne sauraient être qualifiés de privés”. Des conclusions que conteste Mediapart. Plusieurs participants ont reconnu que ces dîners n’avaient rien de professionnels. Parmi eux figure notamment l’éditorialiste Jean-Michel Aphatie. Auprès du Point et de Paris Match, Séverine de Rugy elle-même a reconnu que les photos qui avaient circulé avaient été prises par des “amies”, “des amitiés vieilles de plus de quinze ans”.

Preuve qu’il y’a eu des manquements dans l’organisation de ces dîners : le successeur de François de Rugy au perchoir de l’Assemblée, Richard Ferrand, a annoncé cet été la création d’un groupe de travail pour renforcer “les règles et procédures de la Présidence”.

*** Sources
– Interview de François de Rugy face à Apolline de Malherbe, BFMTV, 29.07.2019
– Extrait de l’interview de François de Rugy sur France 5, Twitter, 03.09.2019
– Rémi Banet, “De Rugy “entre deux séances” le soir de la Saint-Valentin 2018 ? Il avait quitté le perchoir à 16h10”, AFP Factuel, 30.07.2019
– Fabrice Arfi, Michaël Hadjenberg, Antton Rouget et Marine Turchi, « Affaire Rugy : un été d’intox », Mediapart, 03.09.2019

Affaire de Rugy - Mediapart

l’écologie VS ce gouvernement-

Dans la série “Faites ce que je dis mais pas ce que je fais” pour l’écologie de ce gouvernement, Bravo Bruno Le Maire.

La destruction d’espaces protégés : un business qui rapporte grâce au Grenelle de l’environnement

Enquete · 29 sep. 2014 à 19:02 · Commentaires 1

Espaces protégées

Voilà un décret qui est passé complètement inaperçu : le 29 décembre 2011, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, l’Etat a mis en place le principe de “compensation” environnementale. En clair, les industriels du bâtiment peuvent construire dans des zones où les espaces animales et végétales sont protégées, à condition de “compenser” les dégâts. Concrètement, “il s’agit de réparer la biodiversité à l’équivalent de ce qui a été détruit (voire plus) sur un terrain situé si possible au plus près du chantier”, explique Le Canard enchaîné qui a révélé l’affaire, dans une indifférence générale.

Sur le papier, l’idée est donc plutôt écologique. C’est le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) qui est chargé d’étudier les dossiers. Prolongement d’autoroutes ou de lignes TGV, construction de zones d’activité ou de parcs immobiliers : si ces projets se font sur des zones protégées, les industriels doivent compenser ces destructions. On détruit une forêt protégée ? Des arbres sont plantés ailleurs. Une zone humide protégée est asséchée ? On remet un lac un peu plus loin.

Des compensations parfois “farfelues”, sans obligation de résultats

Revers de la médaille : sous-prétexte que l’on peut “compenser”, de plus en plus de dérogations sont accordées. Le nombre de dossiers traités par le CNPN est ainsi passé de 44 à 297 par an. On détruit à tout va… et on compense comme on peut. Comme on peut, car une vraie concurrence s’est installée entre les bureaux d’étude qui proposent, clé en main, des projets de compensation. Quitte parfois à proposer des chantiers incohérents, comme par exemple ce bureau d’étude qui a suggéré de construire des nichoirs pour les chauve-souris… alors que les chauve-souris ne nichent pas.

Et les exemples farfelus de ce type sont nombreux : à Marseille, le projet de terminal méthanier Fos Faster, en Camarge, prévoit , par exemple, de compenser 140 hectares de terre ferme où vivent des lézards et des oiseaux protégés par 123 hectares de marais. Très bien. Sauf que Le Canard rappelle que les marais sont la plupart du temps immergés. Et jusqu’à preuve du contraire, les oiseaux et les lézards ne savent pas encore nagés.

Un business qui rapporte

La destruction d’espaces protégées est devenue un véritable business : “Pour une ZAC d’une dizaine d’hectares à proximité de zones humides avec quelques espèces protégées, il faut compter 15 000 euros l’étude. Et 50 000 euros pour les aménagements”, explique un professionnel du secteur. Des sociétés ont même racheté des centaines d’hectares de terrains qui serviront uniquement à des projets de “compensation”. Avec l’effet pervers qui va avec : si le nombre de ces sociétés qui “stockent” des hectares disponibles se multiplie, elles auront besoin de toujours plus de destructions pour être rentables. Avec le risque de proposer des projets farfelus comme on l’a vu… sans que l’Etat n’y trouve rien à dire puisqu’il n’y a aucune obligation de résultats. Si les oiseaux protégés ne s’adaptent pas aux nouveaux espaces créés, tant pis pour eux !

*** Sources
– “La pipistrelle rapporte gros”, Le Canard enchaîné n°4895, 20.08.2014
– “La pipistrelle rapporte gros 2”, Le Canard enchaîné n°4896, 27.08.2014

Pipistrelle - Canard enchaîné

L’écologie VS ce gouvernement

Dans la série “Faites ce que je dis mais pas ce que je fais” pour l’écologie de ce gouvernement, Bravo Bruno Le Maire.
http://www.politique.net/2019090301-destruction-foret-prote…

Exploitation d’uranium : Bruno Le Maire obtient la destruction de 382 ha de forêt protégée

Enquete · 3 sep. 2019 à 13:45 · Commentaires 0

Kazakstan

Alors qu’Emmanuel Macron a déploré la destruction de la forêt amazonienne, le gouvernement est resté plutôt discret sur la décision de détruire 382 ha de forêt protégée pour exploiter des terres riches en uranium.

L’histoire est racontée par Le Canard enchaîné dans son édition du 28 août : en octobre 2018, la société française Orano (ex-Areva), spécialisée dans l’énergie nucléaire, a obtenu le permis d’exploiter une terre riche en uranium, située au Kazakhstan. Cette surface boisée comprenant des saxaouls, un arbre protégé depuis 2017 au Kazakhstan, le décret d’exploitation imposait à l’industriel français de conserver cette espèce protégée. Problème : la technique d’extraction du minerai choisie par Orano nécessite de raser toute la forêt.

C’est là que le ministre de l’économie entre en scène : “lors d’un discret déplacement au Kazakhstan, le 30 juillet, Bruno Le Maire a obtenu des nouveaux dirigeants du cru le déclassement de cette forêt protégée de 382 ha”, explique Le Canard. Moyennant une compensation financière, le gouvernement kazakh a publié un nouveau décret transformant cet espace boisé en zone minière !

Contacté par l’hebdomadaire satirique, le ministère de l’Economie a minimisé cette décision en affirmant que “382 ha détruits sur une steppe boisée de 700 000 ha, c’est quand même une toute petite parcelle”. Bah voyons…

*** Source
– “Forêts protégées : Le Maire rase gratis !”, Le Canard enchaîné n°5155, 28.08.2019

Foret protégée - Canard enchainé

Présidentielle et démocratie ?

Présidentielle et démocratie ?

Rien n’est plus malsain pour notre pays que l’élection du Président de la République au suffrage universel direct. De cette sorte de monarchie constitutionnelle instaurée par Charles de Gaulle en 1962, l’Histoire dira probablement que tous les Présidents qui ont succédé à cette fonction, ont été des usurpateurs. Inutile d’insister sur ce qu’ont été les derniers septennats et quinquennats, sans compter celui en cours : un fiasco le plus souvent. En dehors de l’anomalie que constitue la concurrence entre deux légitimités de même niveau, celle-là et celle du Parlement dont le pouvoir est également issu du suffrage universel direct, il y a une grave distorsion politique dans le fait que peu de temps après l’élection du Président de la République, on entre en campagne pour l’élection suivante.

On le voit avec la médiatisation excessive des hommes politiques connus, ce qui obère l’arrivée de femmes et d’hommes nouveaux, et, de façon flagrante, la présence permanente de N.Sarkozy qui occupe le terrain à la moindre occasion, à coups d’annonces, pataugeant dans des réformettes d’intérêt secondaires. Rien n’est plus malsain car cette dérive entraîne, un éloignement des vrais problèmes, par exemple celui de faire le bon choix pour combattre la crise et ses conséquences sociales. L’écran de fumée est permanent. Depuis au moins une décennie, la France est gagnée par la gangrène de la médiocrité. Aidé en cela par certains nostalgiques du pouvoir qui se laissent manipuler par un Président, petit pour sa fonction, mais grand en machiavélisme.

Alors que faire ? Une des meilleures façons serait que le prochain candidat sérieux aux présidentielles s’engage solennellement à modifier la constitution pour supprimer ce mode d’élection présidentielle. Et démissionner dans les premiers mois s’il n’y arrive pas. Il faudrait de toute façon amender l’article 89 de la présente constitution qui ne permet pas au peuple ainsi méprisé, de modifier lui-même sa constitution par référendum. Cette initiative n’appartient qu’au Président de la République. On tourne en rond et l’on bafoue la démocratie, qui, chacun le sait, doit donner le pouvoir au peuple souverain et non aux oligarchies des classes dirigeantes.

Mais disent les politiques, si l’on fait un sondage, on constate qu’une majorité de la population aime bien ce type d’élection, qui effectivement semble lui donner un pouvoir souverain à cette occasion. A ceci près que, naïvement, il ne se rend pas compte, ce bon peuple, qu’il s’agit d’un plébiscite, qui peut s’avérer dangereux. De toute façon un sondage ne peut être un argument politique. Mais l’habitude prévaut, et les générations actuelles ne savent pas qu’il est possible de changer ce type d’élection. Rien n’empêcherait de revenir au système précédent de l’élection du Président de la république par le Congrès . La clarification des pouvoirs serait assurée. Il faut absolument que le peuple ouvre les yeux. Donc propagez cette idée dès maintenant, notamment par Internet. Il en va de notre République qui perd constamment ses repères, et se laisse enfoncer dans la décrépitude : voir l’expérience de la grenouille qui se laisse ébouillanter sans réagir si l’eau dans laquelle on l’a plongée est chauffée progressivement.

La présidentielle n’est pas la solution, elle est le problème !

La présidentielle n’est pas la solution, elle est le problème !

Une de plus !

Depuis 1965, date de la première élection présidentielle, on ne compte plus les candidats qui ont déclarés vouloir redonner le pouvoir au peuple, se situant peu ou prou dans la filiation du fameux « coup d’État permanent » de François Mitterrand, puis de son slogan de campagne : « L’objectif de la droite, garder le pouvoir, mon seul objectif, vous le rendre ».

A-t-on vraiment envie de continuer ce jeu stupide et manipulateur ? N’est-il pas temps de se débarrasser des illusions concernant la Présidentielle ? Doit-on une nouvelle fois s’épuiser à chercher un hypothétique candidat miracle qui transformerait à lui seul la nature antidémocratique de la présidentielle ? Doit-on participer à des primaires censées révéler cette personne extraordinaire ? Va-t-on, au contraire, admettre enfin que la présidentielle n’est pas la solution, mais le problème  ?

Parce qu’elle personnalise, elle réduit les débats politiques à un bruit de fond, elle embrigade et transforme les électeurs en supporters, elle ne donne pas un élu titulaire d’un mandat, donc véritablement légitime. Finalement, elle revient à donner un chèque en blanc… avec les résultats que l’on connaît. La présidentielle est, plus que jamais, un des principaux obstacles à la nécessaire reconstruction de la démocratie.
La France a besoin de réaffirmer l’importance du collectif et, prioritairement, de retrouver son propre peuple, titulaire de la souveraineté. Lui seul est capable de faire face aux défis qui s’accumulent depuis des décennies et auxquels chaque candidat prétend pouvoir faire face.

On peut penser que le pays a besoin d’un leader ; mais on ne peut pas alors se plaindre des dérives antidémocratiques inhérentes aux sociétés qui confient leur destin à un chef, éclairé ou pas. Le peuple n’a pas besoin de guide, il a besoin d’être respecté et d’exercer collectivement son pouvoir.

On peut militer pour des primaires, « citoyennes » ou pas, mais c’est refuser, une nouvelle fois, d’affronter le vrai problème. Les primaires, par essence, consistent à valider la règle absurde de la personnalisation du pouvoir. En toute analyse, et compte tenu de l’expérience, comment peut-on sérieusement prétendre utiliser la présidentielle pour faire l’inverse de son objet naturel, prétendre se placer en dehors d’un jeu dont, en même temps, on accepte les principes en se présentant ? Et pourquoi prendre un tel risque ?

Nombreux sont ceux qui considèrent le combat pour la souveraineté populaire comme utopique, ou qui ne comprennent pas que vouloir le rétablissement de celle-ci grâce à l’élection présidentielle relève du conte de fée. Pourquoi le candidat futur serait-il plus sincère que tous les autres, d’horizons divers dans le passé, qui ont fait tant de promesses non tenues précisément parce qu’ils avaient le pouvoir de ne pas les tenir ? C’est la nature de la présidentielle que d’accorder une confiance d’enfants à des personnes que rien n’oblige à l’honorer sauf la croyance qu’on met en eux.
Si on pense au contraire que la démocratie est nécessaire en cette période troublée, il faut impérativement sortir du piège présidentiel et rappeler que c’est aux citoyens eux-mêmes de se saisir de ce bien collectif qu’est la vie publique. Les responsables devront émerger de ce mouvement et en être à la fois les porte-paroles et les garants. Pas le contraire.

Certains estiment qu’il est trop tard pour poser le problème de la présidentielle alors qu’ils s’obstinent à ne pas le poser quel que soit le moment. Il n’y a ni bon, ni mauvais moment, il y a un objectif permanent. La prochaine échéance présidentielle ouvre un espace, certes bizarre, de discussion. Pourquoi ne pas s’en saisir tout en refusant d’entrer dans le jeu ? Au-delà des choix électoraux des uns et des autres, l’Association pour une Constituante refuse de s’inscrire dans cette compétition absurde : elle entend l’utiliser comme une caisse de résonance.

Nous nous trouvons à un tournant fondamental. La France, l’Europe, le monde sont en crise. Chaque peuple peut apporter sa pierre pour donner un sens humaniste à un lendemain plus qu’incertain. L’élection d’une Assemblée Constituante en France est le moyen pacifique et constructif pour sortir de l’ornière. Elle sera la concrétisation institutionnelle de ce renouveau de la souveraineté populaire qui émergera des cercles locaux où les citoyens pourront exprimer leurs exigences. Contre les figures imposées par un système dégénérescent, agissons pour la recréation de la volonté individuelle et collective.

Interpellation de lycéens à Mantes-la-Jolie

Article de Libération

Interpellation de lycéens à Mantes-la-Jolie : l’enquête de l’IGPN classée sans suite mais «L’auteur de l’enregistrement, fonctionnaire de police, fait l’objet d’une procédure de sanction administrative et une action disciplinaire est sollicitée auprès du procureur général de Versailles», a précisé vendredi la procureure de Nanterre.

Enquête.

L’enquête préliminaire confiée à l’Inspection générale de la police (IGPN) portant sur l’interpellation en décembre 2018 de 151 jeunes en marge d’une mobilisation lycéenne à Mantes-la-Jolie (Yvelines) a été classée sans suite, a appris l’AFP vendredi auprès du parquet de Nanterre. L’interpellation vue dans une vidéo filmée par un policier, et montrant des dizaines de jeunes à genoux, mains sur la tête ou menottées dans le dos, avait suscité l’indignation sur les réseaux sociaux et dans la classe politique.

> Retrouvez ici notre récit de cette journée où la jeunesse de Mantes a été mise à genoux

«Le fait de retenir les personnes interpellées en position à genoux ou assise, entravées pour certaines d’entre elles, apparaît justifié par le contexte exceptionnel de violences urbaines graves et le nombre de personnes devant être conduites dans les locaux de police, nécessitant une organisation matérielle incompressible», écrit la procureure de Nanterre, où le dossier a été dépaysé. Les plaignants «placés en garde à vue ont bénéficié des droits légaux attachés au régime de la garde à vue», souligne la procureure.

«Les violences déclarées au soutien des plaintes pour violences aggravées déposées au nom de quatre des plaignants ne sont corroborées, ni par leurs déclarations ou les observations de leurs conseils, ni par les examens médicaux des médecins légistes, ni lors de leur présentation à un magistrat dans le cadre de la prolongation de leur garde à vue», ajoute la représentante du ministère public.

«L’auteur de l’enregistrement, fonctionnaire de police, fait l’objet d’une procédure de sanction administrative et une action disciplinaire est sollicitée auprès du procureur général de Versailles», a précisé vendredi la procureure de Nanterre.

(Capture d’écran)

ALSTOM, MACRON, HISTOIRE D’UNE TRAHISON

Une enquête de Jérémie Younes et Kévin Accart !

ALSTOM, MACRON, HISTOIRE D’UNE TRAHISON

Le 22 juillet 2019

L’association de lutte anti-corruption Anticor a déposé une plainte le 17 juillet auprès du parquet de Paris pour « corruption » et « détournement de fonds publics » dans l’affaire de la vente d’Alstom énergie à General Electric [1]. L’association se demande notamment pourquoi l’ancien PDG d’Alstom Patrick Kron n’a pas été poursuivi en France, alors qu’il a plaidé coupable pour corruption aux États-Unis. Pour la peine, et à la demande générale des abonnés, nous passons en LIBRE ACCÈS une semaine cette enquête de Jérémie Younes et Kévin Accart qui vous permettra de comprendre les ressorts de cette incroyable affaire d’État. En accès libre jusqu’au dimanche 28 juillet. Profitez-en pour vous abonner et pour abonner votre banquier, c’est le moment !

L’annonce est tombée mardi 28 mai, deux jours après les élections européennes : General Electric, la multinationale américaine qui a racheté Alstom énergie il y a 4 ans, s’apprête à supprimer 1055 emplois à Belfort [2]. Comment en est-on arrivé là ? L’histoire à peine croyable de la vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric est digne d’un film d’espionnage. Un polar dans lequel on retrouve mêlés le FBI, la justice américaine, des histoires de pots de vin et de corruption… et qui remonte jusqu’au financement de la campagne d’Emmanuel Macron !

Play

ALSTOM, MACRON, HISTOIRE D’UNE TRAHISON par Là-bas si j’y suis

Le piège américain

En 2014, Alstom est une entreprise florissante. Bien sûr, elle est plus petite que ses concurrents directs et doit envisager des rapprochements, mais elle a 50 milliards d’euros de contrats devant elle, soit 10 ans de commandes. Bref, il n’y a pas le feu pour la vendre.

(logo du Départment of Justice)

Sauf que pour obtenir ces contrats Alstom a versé des pots de vins partout sur la planète pendant 10 ans [3].

Au moment de la vente à General Electric, Alstom est donc poursuivie depuis des années pour corruption par le Department of Justice [4], une juridiction très spéciale des États-Unis qui dépend de la Maison Blanche. Un instrument de « guerre économique ». Dans le viseur du « DOJ » se trouve un personnage central de cette affaire, Patrick Kron. En tant que PDG d’Alstom depuis 2003, Patrick Kron est tenu pour responsable par les américains de cette vaste entreprise de corruption et fait face à de très lourdes sanctions : une possible peine de prison et une énorme amende qui mettrait Alstom à plat. Pour lui faire peur et tenter de le faire chanter, la justice américaine va carrément emprisonner l’un de ses proches collaborateurs, Frédéric Pierucci, qui témoigne dans notre reportage. En somme, l’enquête de la justice américaine va être utilisée pour contraindre Patrick Kron à vendre Alstom à son concurrent américain, General Electric [5]. Un pur et simple racket.

Un pacte de corruption ?

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : une commission d’enquête parlementaire présidée par Olivier Marleix, député Les Républicains de l’Eure, a soulevé l’année dernière de très lourds soupçons : outre le chantage exercé par la justice américaine, le président de la commission d’enquête soupçonne que cette vente d’Alstom énergie a joué un rôle dans le financement de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017 [6]. En effet, c’est Emmanuel Macron qui, en novembre 2014, alors qu’il est ministre de l’Économie, autorise la vente d’Alstom. Pour une telle transaction à plusieurs milliards de dollars, des bataillons de banquiers, d’avocats d’affaires et de communicants sont engagés par les deux entreprises. Et il est très curieux, selon Olivier Marleix, « de retrouver dans la liste des donateurs d’En Marche des personnes qui étaient intéressés, directement ou indirectement, à la vente d’Alstom énergie », justement en tant que banquiers, avocats d’affaires ou actionnaires. Cela pourrait s’interpréter selon lui comme « un pacte de corruption » [7].

Olivier Marleix a signalé le 17 janvier dernier au procureur ses graves soupçons [8], conclusion de 6 mois d’enquête parlementaire et de dizaines d’auditions. Des soupçons que la justice a pris au sérieux, puisqu’une enquête a été ouverte par l’Office Centrale de Lutte contre la Corruption de Nanterre. Olivier Marleix a été entendu le 29 mai dernier par la justice dans cette affaire en cours d’instruction [9].

Qui sont-ils, ces bénéficiaires de la vente d’Alstom que l’on retrouve ensuite dans le financement de la campagne d’Emmanuel Macron ? Il suffit de se pencher quelques minutes sur la liste des donateurs pour constater des potentiels conflits d’intérêts majeurs. Nous vous révélons dans ce reportage les noms de quelques-uns de ces personnages, banquiers d’affaire et haut-fonctionnaires, qui auraient pu selon la commission d’enquête nouer un « pacte de corruption »avec Emmanuel Macron autour de la vente d’Alstom.

Pour les salariés à Belfort, une lutte à la vie à la mort

Sous le lion de Belfort, une banderole gigantesque est déployée en soutien aux salariés de General Electric (photo : Jérémie Younes)

Les salariés de Général Electric à Belfort n’ont pas prévu de se laisser voler leur patrimoine et leurs emplois sans broncher. Le 22 juin, une grande manifestation unitaire était organisée à Belfort et a rassemblé près de 10 000 personnes, tous les syndicats, et des élus de la droite jusqu’au NPA. Par deux fois déjà, ouvriers et cadres ont empêché le démarrage du plan social en bloquant l’accès aux réunions. Mais General Electric a décidé de passer en force son plan de licenciements, malgré le boycott total des négociations par les salariés. Le compte-à-rebours de trois mois est lancé et le couperet devrait tomber fin septembre.

Tant sur le plan judiciaire que social, l’affaire Alstom-GE est loin d’être terminée. Mais la justice est lente, et elle n’a souvent pas autant de courage pour poursuivre les cols blancs que de zèle pour punir les gilets jaunes. En attendant, dans « la ville aux Trois Sièges » [10] au glorieux passé résistant, c’est une lutte à la vie à la mort qui s’engage.

journaliste : Jérémie Younes
réalisation : Kevin Accart
son : Alexandre Lambert et Sylvain Richard

Prix des carburants, pourquoi ne pas ponctionner les français pendant les vacances 😠

Prix à la pompe : un été à haut risque pour les automobilistes

Par Antoine Izambard le 12.07.2019

La remontée récente des cours pétroliers devrait se répercuter cet été sur les prix à la pompe qui ont profondément baissé ces dernières semaines.

Jeudi 11 juillet, le Brent (référence européenne) et le WTI américain ont ainsi atteint, avec respectivement 67,65 dollars et 60,94 dollars, leur plus haut depuis un mois et demi.

AFP/ARCHIVES – PHILIPPE HUGUEN

Les automobilistes ont enfin retrouvé le sourire mais cela ne devrait pas durer. Alors que les prix à la pompe ont chuté ces dernières semaines – en un mois ils ont perdu près de 10 centimes, les cours pétroliers remontent en flèche. Jeudi, le Brent (référence européenne) et le WTI américain ont ainsi atteint, avec respectivement 67,65 dollars et 60,94 dollars, leur plus haut depuis un mois et demi. Une hausse qui s’explique par la baisse plus importante que prévu des stocks américains, annoncée mercredi par l’agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) et par la prolongation le 2 juillet de l’accord de limitation de la production décidé par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et la Russie.

Ce regain des cours, qui s’est traduit par une hausse de près de 14% du Brent depuis début juin, ne devrait pas véritablement impacter le consommateur avant le mois d’août. Les cours pétroliers, qui représentent environ 30% du prix des carburants, mettent un certain temps avant d’avoir un effet sur la vie quotidienne des automobilistes. “Entre le moment où le pétrole est acheté et celui où il sort de la raffinerie pour être mis en vente dans les stations-service, il s’écoule environ 45 jours, répond Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI AM. Les Européens, qui achètent leur pétrole en majorité dans le Golfe, l’acheminent par bateau et cela prend du temps. Aux États-Unis, par exemple, l’évolution des cours se répercute beaucoup plus vite sur les prix à la pompe car d’une part le pays est producteur de pétrole et d’autre part l’acheminement se fait par pipeline, ce qui est nettement plus rapide”.

Décalage entre prix à la pompe et du baril

Ce décalage entre les cours du brut et les prix à la pompe peut même être plus important. Selon l’Institut national de la consommation (INC), ce délai peut atteindre un maximum de deux mois en fonction des différents process de transport-distribution (stockages en dépôt, acheminement en station-service et exploitation du point de vente). “Cet aspect logistique peut retarder ou accélérer les effets des cours pétroliers sur les prix à la pompe, poursuit Benjamin Louvet. De manière générale, ce décalage a été considérablement réduit en raison des progrès logistiques effectués”. Compte-tenu de ces éléments, la traduction de cette hausse des cours sur les prix à la pompe devrait intervenir en août, au beau milieu des vacances estivales.

A plus long terme, un certain nombre de spécialistes s’accordent à dire que les prix pourraient connaître une hausse bien plus forte. Comme l’a annoncé l’AIE dans son rapport annuel sur les perspectives du marché en novembre, l’insuffisance des investissements dans la production pétrolière pourrait aussi entraîner un déséquilibre du marché mondial à moyen terme et donc favoriser une hausse des prix. Pour maintenir la production à son niveau actuel, les pétroliers doivent investir 630 milliards de dollars par an. Or en 2015, ils ont dépensé 450 milliards de dollars, moins de 400 en 2016 et pour 2017 et 2018 ces investissements se chiffrent à 450 milliards de dollars. “On se dirige vers une situation où l’on manquera de pétrole dans les prochaines années, poursuit Benjamin Louvet. Les investissements pétroliers sont de plus en plus faibles et dessinent le scénario d’un déficit d’offre ces prochaines années.”

Problème structurel du schiste

Cette faiblesse des investissements pétroliers se heurte aussi aux lois de la physique. Dans les gisements conventionnels arrivés à maturité, la déplétion naturelle est de 5% par an si l’on n’y investit pas pour en maintenir au moins le niveau de production. Selon l’AIE, le pétrole de schiste américain aura également du mal à combler ce manque. Le shale souffre en effet d’une faiblesse structurelle: contrairement aux hydrocarbures traditionnels, les puits de pétrole de schiste sont éphémères, chaque gisement contenant une quantité limitée d’hydrocarbures. Selon les spécialistes, au bout de dix-huit mois ces derniers perdent 70% de leur productivité et leur durée de vie est d’environ cinq ans. Un ensemble de facteurs qui font craindre à l’AIE un effondrement de la production de pétrole en 2025.

La vie de château sur fonds publics des époux de Rugy

La vie de château sur fonds publics des époux de Rugy

 PAR 
Article Médiapart

L’ancien président de l’Assemblée nationale et actuel ministre d’État, François de Rugy, et sa femme ont multiplié, entre 2017 et 2018, aux frais de la République, de somptueuses agapes entre amis dignes de grands dîners d’État, selon une enquête de Mediapart. François de Rugy préfère parler de « dîners informels liés à l’exercice de ses fonctions avec des personnalités issues de la société civile ».

L’ancien président de l’Assemblée nationale et actuel ministre d’État, François de Rugy, et sa femme ont multiplié, entre 2017 et 2018, aux frais de la République, de somptueuses agapes entre amis dignes de grands dîners d’État, selon des documents, photos et témoignages obtenus par Mediapart.

Cette débauche de dîners de grand standing, essentiellement organisés par Séverine de Rugy, journaliste people à Gala, a pris de telles proportions qu’elle a suscité l’indignation de certains fonctionnaires de l’Assemblée nationale.

François et Séverine de Rugy, le 21 février 2019. © ReutersFrançois et Séverine de Rugy, le 21 février 2019. © Reuters

Le personnel a en effet été mis à contribution à de très nombreuses reprises, parfois jusqu’à tard dans la nuit, pour ces soirées qui avaient lieu dans les salons de l’hôtel de Lassay, la résidence du président de l’Assemblée nationale, sans qu’il y ait de lien évident avec les fonctions d’alors de François de Rugy.

Cette pratique apparaît en franche contradiction avec le combat mené depuis des années par François de Rugy pour la transparence et une meilleure gestion des deniers publics au Parlement.

Député depuis 2007, François de Rugy fut le premier président de l’Assemblée nationale sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, de juin 2017 à septembre 2018. Il a par la suite été nommé ministre d’État, numéro 2 du gouvernement dans l’ordre protocolaire, chargé de la transition écologique et solidaire après la démission du gouvernement de Nicolas Hulot.

En septembre 2017, l’ancien élu écolo, qui a rejoint le groupe La République en marche (LREM), se plaignait d’ailleurs au micro de l’émission Quotidien d’un certain laisser-aller à l’Assemblée : « Je veux qu’il y ait une comptabilité analytique, transparente, et qu’on sache bien, à l’Assemblée nationale, qu’est-ce qui coûte quoi. Aussi bizarre que ça puisse paraître, aujourd’hui ce n’est pas le cas. »

Dans le cas des dîners privés des époux de Rugy – Mediapart a pu en identifier une dizaine entre octobre 2017 et juin 2018 –, la mécanique mondaine était toujours la même. Cela commençait par un carton d’invitation imprimé sur du papier luxueux, avec, en page de garde, la photo imprimée de l’hôtel de Lassay suivie de l’histoire du lieu à base d’anecdotes sur la duchesse de Bourbon. Le tout noué par une jolie cordelette rouge.

Pour les heureux invités, essentiellement des amis de Séverine de Rugy et de son mari, la suite n’était que luxe et volupté sous les ors – et avec les moyens – de la République : verres en cristal, porcelaines, petites cuillères en or, chandeliers, vaisselles d’apparat, bouquets de fleurs composés pour l’occasion selon la couleur choisie par madame.

Séverine de Rugy devant un mouton-rothschild 2004 siglé du centenaire de l'Entente cordiale entre l'Angleterre et la France. © DR/MediapartSéverine de Rugy devant un mouton-rothschild 2004 siglé du centenaire de l’Entente cordiale entre l’Angleterre et la France. © DR/Mediapart

Mais les participants, entre dix et trente par dîner, se souviennent surtout des champagnes et des vins offerts par les hôtes. Toujours des grands crus directement issus des caves de l’Assemblée, réputée pour être l’une des mieux garnies de France.Les photos de ces soirées fastueuses le confirment : on y a bu entre amis du mouton-rothschild 2004 du centenaire de l’Entente cordiale entre l’Angleterre et la France (au moins 500 euros la bouteille, en photo ci-contre), du Château Cheval Blanc 2001 (550 euros), du Château d’Yquem 1999 (265 euros la bouteille), du Château Pichon-Longueville (100 euros), de la Clarté de Haut-Brion 2014 (100 euros), du Château Brane-Cantenac 2000 (120 euros), du pavillon-rouge du château Margaux 2003 (200 euros)…

Selon un bon connaisseur de l’Assemblée, aucun grand cru ne peut sortir des caves sans une autorisation particulière.

La nourriture ne laissait pas non plus à désirer, comme en témoigne un cliché des homards géants finement préparés en cuisine offerts aux convives, dont des membres de sa famille, en décembre 2017 (voir ci-dessous)« Ce n’était pas vraiment le genre à la bonne franquette, ça, c’est sûr », se souvient, amusé, un participant.

François de Rugy, qui aime à citer de Gaulle, ne s’inscrit pas vraiment dans les pas du fondateur de la Ve République, connu pour payer de sa poche les goûters de ses petits-enfants.

À la table des époux De Rugy. © DR/MediapartÀ la table des époux De Rugy. © DR/Mediapart

Selon les listes d’invités consultées par Mediapart, les convives appartenaient tous au cercle relationnel et surtout amical de Séverine de Rugy, qui déclarait il y a peu à Femme actuelle : « Être femme de ministre, c’est être au service de la France. Cela donne des devoirs d’exemplarité. »On retrouvait ainsi, pêle-mêle, à la table du président de l’Assemblée nationale et de son épouse des copains et copines de la communication et du journalisme, des réalisateurs, des producteurs, de gens la finance, des actrices ou des écrivains de seconde zone…

Contacté par Mediapart, le cabinet de François de Rugy a répondu par écrit le mardi 9 juillet (voir sous l’onglet Prolonger l’intégralité des réponses apportées).

De Rugy préfère parler de « dîners informels liés à l’exercice de ses fonctions avec des personnalités issues de la société civile », tout en insistant sur une baisse de 13 % des frais de réception à l’hôtel de Lassay.

« [Ces dîners] rassemblaient le plus souvent une dizaine (deux fois une vingtaine, plusieurs fois moins de dix) de personnalités, issues du monde économique, médiatique, culturel, scientifique, universitaire. Ils visaient à répondre à l’exigence de représentation liée à sa fonction auprès de la société civile, ainsi qu’à nourrir son action de président de l’Assemblée nationale, dont le rôle est par essence d’intervenir et de travailler sur une très grande variété de sujets liés à l’action publique », observe-t-on dans l’entourage du ministre d’État.

Interrogée lundi 8 juillet, Séverine de Rugy a pourtant confirmé qu’elle opérait elle-même un « filtre relationnel » et que les invités appartenaient pour l’immense majorité à son cercle « amical »« Pour moi, ce n’est pas privé parce qu’en fait, c’est du relationnel qui permet de se mettre au courant et de s’intéresser à ce que font les gens », explique-t-elle. Avant de poursuivre : « Certes, ça appartient à un cercle amical mais on n’est pas là pour se taper la cloche. Effectivement, je connais des gens mais quand on les voit, on parle toujours de politique et y a des choses qui en sortent en relationnel. »

« Son épouse connaissait certaines des personnes conviées à ces dîners, d’autres pas, tout comme François de Rugy », tempère-t-on dans l’entourage du ministre de l’écologie.

Selon Mme de Rugy, ces dîners avaient surtout une fonction essentielle pour son mari : l’aider à rester connecté à la vraie vie. « Quand vous êtes un homme politique, vous ne pouvez pas vous couper de la société », dit-elle. En dégustant des grands crus à plusieurs centaines d’euros la bouteille ?

« Avec François, on boit très peu, répond Séverine de Rugy. Il y a une cave à l’Assemblée qui est très conséquente. On nous met à disposition des bouteilles, j’imagine que M. Ferrand [actuel président de l’Assemblée – ndlr], c’est la même chose. Je n’ai jamais demandé quoi que ce soit et je n’ai jamais vérifié ce qu’on mettait comme vin. Ce n’est pas mon truc. »

Contacté, le cabinet de Richard Ferrand dément des pratiques analogues et explique que ses dîners à l’hôtel de Lassay n’excèdent guère un ou deux convives, souvent des parlementaires ou des membres du gouvernement.

« Quel que soit le déjeuner ou le dîner, les menus, y compris le vin servi, étaient choisis par le service restauration de l’Assemblée nationale. François de Rugy n’a jamais passé aucune commande spécifique et n’a jamais rien fait acheter en externe », explique pour sa part le cabinet de François de Rugy.

Plusieurs participants aux soirées des époux de Rugy ont remis en cause auprès de Mediapart le caractère professionnel des dîners. C’est le cas par exemple de l’éditorialiste Jean-Michel Aphatie, dont la femme est une amie de Séverine de Rugy. « J’ai participé à un dîner une fois, à l’automne 2017, indique le journaliste d’Europe 1 et France 5. C’est une invitation qui m’est parvenue par ma femme. J’ai hésité à y aller parce que si le déjeuner est un espace de travail, le dîner est un espace ambigu. Là, j’ai dit oui… J’ai vite compris que cela n’avait pas beaucoup de sens d’être là pour moi. Ce n’est pas un dîner de travail. Et si c’était à refaire, non, je ne le referais pas. »

François de Rugy, pour la Saint-Valentin 2018. © DR/MediapartFrançois de Rugy, pour la Saint-Valentin 2018. © DR/Mediapart

D’après les éléments recueillis par Mediapart, le personnel et les moyens de l’Assemblée nationale ont également été mobilisés pour des événements intimes du couple. Exemple : la Saint-Valentin 2018 (voir photo ci-contre), avec compositions florales et desserts en chocolat en forme de cœur, sans oublier un jeté de pétales de roses rouges sur nappe blanche.« Pour le jour de la Saint-Valentin, le service de restauration de l’hôtel de Lassay a eu la délicate attention, sans qu’aucune demande préalable leur soit faite, de décorer la table de François de Rugy et son épouse », explique-t-on dans l’entourage de l’ex-président de l’Assemblée.

François de Rugy avait déjà été épinglé par la presse pour avoir organisé, le 17 décembre 2017, le déjeuner de son mariage à l’hôtel de Lassay, ce qui avait beaucoup fait jaser en interne à l’Assemblée. Mais il était parvenu à éteindre la polémique en affirmant qu’il avait payé les frais engagés.

En novembre 2018, lors d’une discussion organisée par Le Parisien avec des « gilets jaunes », François de Rugy avait déclaré : « Il faut que nous, les politiques, y compris au plus haut niveau, on s’interroge sur nos façons de faire et d’être. »

Nous voulons la démocratie dans la FI

les Insoumis Démocrates lancent cette pétition adressée à Manuel Bompard, Président de l’association La France Insoumise et à Jean-Luc Mélenchon.

Pour signer la pétition cliquez -> ici

Nous, Insoumises et Insoumis, les 7 millions de démocrates qui ont porté la campagne présidentielle et le Programme l’Avenir en Commun, attendons depuis les élections législatives la construction d’un grand mouvement démocratique, social, écologiste et humaniste.

Un parti en action, ou chacun pourrait être enfin entendu et écouté, ou les orientations politiques seraient discutées, ou les 24 millions d’euros environ reçus par l’association sur 5 ans pourraient équitablement, et de manière transparente, être utilisés pour soutenir nos ambitions à tous-tes, sur tous les territoires.

L’immense majorité d’entre nous n’avait pas pour but d’être au seul service des égos de quelques privilégiés issus d’une “élite” autoproclamée, aux actions volontairement opaques, faisant « FI » de notre programme originel : l’Avenir En Commun.

Nous, Insoumis.es Démocrates, n’avons pas besoin de chef suprême ni de mouvement gazo-vaseux, mais d’une démocratie participative militante et inclusive.

Nous, Insoumis.es Démocrates, voulons collectivement continuer la construction de notre Avenir en Commun. 

Vous avez voulu faire sans nous ; et bien, vous, la « gouvernance autoproclamée » de la France Insoumise, devez assumer le résultat des élections Européennes : une extrême droite à près de 25 %, une droite à 75 %, une gauche éclatée et désorientée à moins de 25 % ; et un vote France Insoumise refusé par les 2/3 des électeurs d’il y a deux ans ; à qui la faute ?

En signant cette pétition, nous sommons les responsables de l’association constituée en parti politique « La France Insoumise » de revenir dans le cadre légal. C’est-à-dire permettre aux Insoumis-es fidèles à l’esprit du programme l’Avenir en Commun de :

1/ Devenir membres officiels et légaux et de la France Insoumise.

2/ Elire leurs représentants.

3/ Débattre librement et voter les orientations politiques et les priorités budgétaires associées.

Pour signer la pétition cliquez -> ici

Vidéo-réunion d’avril. Jeudi 02/05 à 20h00

Réunion par vidéo jeudi 02/05 à 20H00.

Réunions vidéo

Bonjour à toutes et tous,

Vidéo-réunion d’avril, jeudi 02 à 20h00.

Nous vous proposons deux sujets en discussion libre :

1- Les €uropéenes (vote du 26/05);

2- Notre projet : les municipales et les Assemblées Citoyennes;

3- Vos propositions.

 

La salle de réunion ouvre vers 19h45 pour régler, si nécessaire, les soucis techniques éventuels.

Voici le lien de connexion: –> vidéo-réunion.

Connectez-vous et, si vous n’avez pas déjà téléchargé le petit logiciel Zoom, suivez les instructions qui vous sont proposés.

Prenez le temps de vous inscrire sur le site de –> : “Zoom”c’est gratuit, vos noms apparaîtrons et il sera plus facile de nous reconnaître.

Je vous laisse mon N° de téléphone : 06 13 20 40 92. Vous pouvez m’appeler en cas de problème de connexion.

A jeudi soir.

Amitié militante

Patrick pour “Les Insoumis Démocrates

Fédération populaire, encore une “stratégie électorale” de JLM

La présidentielle et les carrières politiques individuelles, on s’en fout. Reprenons le pouvoir qui nous a été confisqué par la finance et les politiques de “métier”. Organisons des assemblées citoyennes locales et prenons part aux décisions communales, départementales, régionales. Rejoignez-nous afin de mettre ce concept en application en s’appuyant sur l’AEC. insoumisdemocrates.fr

“Fédération populaire” Quésako ?

Assemblée Générale annuelle du 28 mars 2019 à 20H00.

Assemblée Générale des “Insoumis Démocrates”

jeudi 28 mars à 20H00

Bonjour à vous toutes et tous,

Vous avez montré votre intérêt à notre démarche en vous inscrivant sur notre site insoumisdemocrates.fr ou en répondant à nos différents courriers.

Notre association est maintenant créée et dispose d’un compte bancaire ce qui assure notre autonomie.

Notre Assemblée Générale annuelle est une étape déterminante pour la poursuite de notre action.

Elle sera l’occasion de nous retrouver et d’élire, entre-autre, notre conseil d’administration.

Votre présence est indispensable pour créditer notre et nos actions.

Ordre du jour :

1 – Élection des nouveaux membres au Conseil d’Administration ;

2 – Fixation des montants de cotisation ;

3 – Pertinence du mot “Insoumis” dans le titre de l’association ;

4 – Groupes locaux et Assemblée citoyenne ;

5 – Notre engagement pour les municipales de 2020.

La salle de réunion ouvre vers 19h45 pour régler, si nécessaire, les soucis techniques éventuels.

Voici le lien de connexion: –> vidéo-réunion.

Connectez-vous et, si vous n’avez pas déjà téléchargé le petit logiciel Zoom, suivez les instructions qui vous sont proposés.

Prenez le temps de vous inscrire sur le site de –> : “Zoom”c’est gratuit, vos noms apparaîtrons et il sera plus facile de nous reconnaître.

Je vous laisse mon N° de téléphone : 06 13 20 40 92. Vous pouvez m’appeler en cas de problème de connexion.

A jeudi soir.

Amitié militante

Patrick pour “Les Insoumis Démocrates

Emmanuel Macron, le vertige autoritaire

Emmanuel Macron, le vertige autoritaire

Article Médiapart

 PAR 

La décision de mobiliser la troupe, samedi, pour endiguer les manifestations à Paris est sans précédent depuis les grandes grèves de 1947-48. Année après année, le mouvement social est un peu plus criminalisé et les libertés bafouées. Homme sans limites et sans mémoire, le chef de l’État franchit un nouveau pas

La mesure a été prise personnellement par Emmanuel Macron, a-t-il été souligné, puis annoncée en conseil des ministres. « Nous ne pouvons pas laisser une infime minorité violente abîmer notre pays et détériorer l’image de la France à l’étranger », a aussitôt déclaré Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. Enfin, cette décision vient clore plusieurs jours de déclarations publiques du chef de l’État et de son ministre de l’intérieur promettant la foudre aux futurs manifestants après les graves incidents de samedi dernier sur les Champs-Élysées.

Marche du siècle, 16 mars 2019. © MJMarche du siècle, 16 mars 2019. © MJ

Le pouvoir choisit donc d’organiser un face-à-face entre l’armée et le peuple. « Vous voulez de l’ordre public ? Cela implique de passer à l’offensive. On peut craindre des blessés, voire des morts », prévient un député de la majorité, cité par Le Monde. Sommes-nous encore en France ? Imagine-t-on une telle mesure et de tels propos tenus, par exemple en Italie, par le ministre d’extrême droite Matteo Salvini, par exemple en Hongrie, par le premier ministre nationaliste Viktor Orbán, par exemple en Russie, par Vladimir Poutine ? Le tollé serait immédiat.L’opération Sentinelle est un dispositif antiterroriste visant à protéger la population contre toute attaque ou attentat. Son cahier des charges est extrêmement précis et son cadre d’intervention soigneusement délimité.

Or voilà ce dispositif antiterroriste utilisé contre un mouvement social et des manifestants, sans que cela ne soulève une immense vague d’indignation. Entretemps, le pouvoir s’est efforcé de gagner la bataille du vocabulaire : les manifestants ont été appelés « factieux », « foule haineuse », « brutes », ils sont aujourd’hui des « émeutiers » qui veulent « renverser la République ».

Jamais en reste d’un coup de menton, Ségolène Royal a, en ces termes, résumé ce qui se dit et se pense dans les cercles du pouvoir : « Je me suis demandé pourquoi ça n’avait pas été fait plus tôt (…) Certes les black blocs ne sont pas des terroristes, mais ils sèment la terreur. Et donc c’est la même chose. » En 1912, Jean Jaurès décrivait cette bataille des mots « Un des procédés classiques de la bourgeoisie, c’est lorsqu’un mot a cessé de faire peur, d’en susciter un autre… Pendant une génération, la bourgeoisie a cru que, pour épouvanter le pays, il lui suffisait de dénoncer le socialisme. Puis, le pays s’est acclimaté au socialisme. Maintenant, c’est le même tour avec le mot “sabotage”. »

C’est donc gagné pour les black blocs, leur démonstration est faite. Leur stratégie de toujours est de démontrer, en organisant l’affrontement systématique avec les forces de l’ordre, que la nature profonde de tout État capitaliste est autoritaire ou dictatoriale. Nous y sommes, l’État mobilise la troupe pour endiguer et mieux réprimer un mouvement social désormais considéré comme « un ennemi intérieur », seul motif d’engagement de l’armée sur le territoire national, comme l’ont rappelé les successifs livres blancs sur la défense.

Explications de Benjamin Griveaux : « Le dispositif Sentinelle aura à sécuriser les points fixes et statiques et permettra aux forces de l’ordre de se concentrer sur les mouvements, le maintien et le rétablissement de l’ordre. » Explication complémentaire de Matignon : autant que possible, les militaires ne se retrouveront pas au contact direct des manifestants. Il ne s’agit que de libérer des effectifs de gendarmes et de policiers jusqu’alors immobilisés dans des gardes statiques (Élysée, Matignon, ministères, grandes administrations) et ne pouvant donc concourir directement au maintien de l’ordre.

Ces propos ne font que relever d’un grossier mensonge. Car les milliers de soldats mobilisés viendront bel et bien participer à un dispositif global de maintien de l’ordre. Car, rien ne peut exclure que des face-à-face armée-manifestants ne se produisent, d’autant que les parcours des manifestations de gilets jaunes ne sont jamais fixés à l’avance et tournent souvent à l’errance dans Paris.

Plus grave encore, au vu des quatre mois et demi de manifestations, rien ne peut exclure que des groupes de manifestants surchauffés, pris dans des charges policières ou des avalanches de tirs de lacrymogènes ou de LBD (black blocs, gilets jaunes ou autres), ne décident de s’en prendre à des troupes officiellement chargées de garder des bâtiments.

Et alors ? « Et qu’est-ce qui se passe après ? Les militaires tirent ? C’est un métier la police ! Quelles que soient les circonstances, l’armée ne peut et ne doit assurer aucune tâche de police », a protesté Jean-Luc Mélenchon, mercredi soir sur BFM. « Vous êtes devenus fous ! », a-t-il ajouté à l’adresse de François Bayrou. Une exclamation qui faisait écho à celle du député de centre-droit Charles de Courson quand il s’indignait de la loi anticasseurs « Mais où sommes-nous ? Réveillez-vous mes chers collègues ! C’est la dérive complète ! C’est une pure folie de voter ce texte ! On se croit revenu sous le régime de Vichy. »

Même le sénateur Bruno Retailleau, qui fait de la surenchère sécuritaire son fonds de commerce, s’interroge : « Que se passerait-il si un groupe de black blocs s’en prenait physiquement à des militaires à proximité des Champs-Élysées ? Les militaires ne sont pas formés au maintien de l’ordre. Les militaires sont formés à se battre, à faire la guerre, à répondre par les armes à ceux qui les assaillent. »

C’est également ce qu’avait dit celle qui n’a pas réagi depuis mercredi, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État à la défense. Interrogée en décembre 2018 sur LCI, elle avait exclu toute mobilisation militaire. « Pour ce qui est de l’armée, non. Les armées n’interviennent pas dans des missions de sécurité publique intérieure. Les armées, actuellement, leur ennemi, ce sont les terroristes », disait-elle.

Autre mensonge du pouvoir, d’ailleurs démenti par la mise en scène de l’annonce présidentielle : il ne s’agirait certainement pas d’un acte politique mais d’une mesure technique. Du pragmatisme en quelque sorte pour calmer une base policière et gendarmesque épuisée par ces mois de manifestations et donner un peu de grain à moudre aux syndicats policiers…

Georges Clemenceau, Jean Jaurès et Jules Moch

Or c’est tout autre chose qu’a revendiqué, jeudi, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner. Depuis samedi, l’homme est pointé du doigt pour son incompétence, sa brutalité et son incapacité à se faire obéir par ses services. Il s’est donc placé jeudi sous le patronage de Georges Clemenceau en installant le nouveau préfet de police de Paris. « Votre modèle est Georges Clemenceau, sa main n’a jamais tremblé quand il s’agissait de se battre pour la France, la vôtre ne devra pas trembler non plus », a-t-il osé déclarer en référence aux manifestations.

Lens, au cœur du bassin minier, 1906. L'armée est déployée contre les mineurs. © (dr)Lens, au cœur du bassin minier, 1906. L’armée est déployée contre les mineurs. © (dr)

Il ne s’agissait pas là du Clemenceau de la Grande Guerre, mais du Clemenceau ministre de l’intérieur. Celui qui, après la catastrophe minière de Courrières, fit donner la troupe en 1906 pour écraser dans le sang les grèves dans les charbonnages puis continua les années suivantes à réprimer dans la violence les mouvements ouvriers. Cette année-là, Jean Jaurès s’indignait dans plusieurs éditoriaux que cette violence patronale et cette répression politique délibérées produisent à la chaîne des violences ouvrières (lire ici et également ici)À Lens, un journal local écrit : « L’armée est partout et protège les bâtiments publics comme la Poste et le lycée Condorcet. » Protection des bâtiments publics : c’est ce que nous annonce le gouvernement.

Le pouvoir a ainsi choisi de s’inscrire dans cette histoire particulière de répression sanglante des mouvements sociaux. L’armée n’a jamais été appelée à intervenir dans de telles situations depuis les grandes grèves de 1947-1948. Les communistes venaient de quitter le gouvernement, la guerre froide était engagée, et le gouvernement de la jeune IVe République décida de pourchasser l’« ennemi intérieur ».

C’est un socialiste, Jules Moch, alors ministre de l’intérieur, qui envoya les troupes pour mater les mineurs. Il mobilise 60 000 CRS et soldats pour imposer aux 15 000 grévistes la reprise du travail. L’armée occupe les puits de mine. Bilan : plus de trois mille licenciements, six morts et de nombreux blessés (lire ici cette étude des Cahiers d’histoire sociale). Ce n’est qu’en 2014 que Christiane Taubira, alors ministre de la justice, a demandé l’indemnisation des familles de mineurs illégalement licenciés.

Le choix d’Emmanuel Macron n’est donc pas d’opportunité ou de pragmatisme. Il est une décision politique de durcir encore l’appareil de répression des mouvements sociaux pour mieux s’afficher comme le tenant du parti de l’ordre. Jusqu’alors, le pouvoir avait généralisé des dispositifs testés dans les quartiers populaires, à l’occasion des émeutes de 2005, puis développés sous Nicolas Sarkozy (réforme des retraites) et François Hollande (loi travail El Khomri).

Christophe Castaner et la ministre de la justice Nicole Belloubet ont ensuite donné de nouvelles armes au système répressif : usage systématique des LBD (lanceurs de balles de défense), intervention des groupes policiers des BAC – non formés au maintien de l’ordre –, gardes à vue massives et souvent illégales, interpellations préventives, etc. Le recours à la troupe s’inscrit dans cette surenchère de violences voulues et provoquées par le pouvoir.

Cette escalade s’accompagne d’une agressivité grandissante du ministre et du premier ministre. La plupart de leurs déclarations, depuis samedi, visent à préparer l’opinion à l’accident, c’est-à-dire à un ou des morts. « Si nous avons une stratégie qui permet aux forces de l’ordre d’être plus mobiles, d’être plus dynamiques, d’être plus fermes, il y a plus de risques » d’accidents, a assumé, lundi soir sur France 2, le premier ministre Édouard Philippe. Là où l’obsession de tous les gouvernements, depuis au moins 1968, a été d’éviter des blessés graves ou des morts, le pouvoir actuel n’en fait plus sa priorité.

Et cela pose directement la question du président de la République. Emmanuel Macron n’a cessé, depuis novembre, d’assumer et de demander un renforcement des moyens de répression. On sait le bilan : des milliers de blessés, une femme âgée tuée à Marseille par une grenade, 22 personnes éborgnées, cinq personnes ayant eu une main arrachée : lire ici notre bilan complet effectué par David Dufresne.

Qu’a répondu la semaine dernière encore Emmanuel Macron ? « Répression, violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. » L’économiste et philosophe Frédéric Lordon lui a répondu en ces termes : « Mais M. Macron, vous êtes irréparable. Comment dire : dans un État de droit, ce ne sont pas ces mots, ce sont ces choses qui sont inacceptables. À une morte, 22 éborgnés et 5 mains arrachées, vous vous repoudrez la perruque et vous nous dites : “Je n’aime pas le terme répression, parce qu’il ne correspond pas à la réalité”. La question – mais quasi psychiatrique – qui s’ensuit, c’est de savoir dans quelle réalité au juste vous demeurez » (lire ici dans Le Club l’intégralité de sa réponse).

Ce n’est pas qu’une question rhétorique. C’est désormais l’interrogation qui pèse sur cette présidence saisie de vertige autoritaire et d’auto-contemplation. « Autoritaire : qui use de toute l’autorité qu’il possède sans s’imposer de limite », dit le Larousse. Et n’est-il pas véritablement sans limites, Emmanuel Macron, dans son usage des institutions, sa gestion des corps intermédiaires et de l’opinion ?

Quel est donc ce président qui, après avoir moqué « Jojo le gilet jaune » lors d’un premier débat avec les élus, s’égare dans une logorrhée verbale que plus personne n’écoute ? Quel est ce président qui veut vendre à l’opinion comme un exploit sportif et politique le fait de parler huit heures et dix minutes avec des intellectuels qu’il rabroue ou n’écoute pas ?

L’affaire Benalla, débutée le 1er Mai dernier et révélée en juillet, a spectaculairement dévoilé les dérèglements d’une présidence faisant fi de toutes règles, l’autoritarisme du chef prenant le relais de sa force de conviction quand celle-ci venait à défaillir. Le résultat est que l’Élysée est aujourd’hui un château fantôme où les personnages clés sont partis, ont été congédiés ou sont aujourd’hui inquiétés par la justice.

La crise politique n’a cessé de s’aggraver depuis cette affaire qui a aussi désorganisé l’appareil d’État (la préfecture de police de Paris en particulier). Faute de réponse politique susceptible d’entraîner ou à tout le moins de calmer le pays, il ne reste au chef de l’État que cette fuite en avant dans un autoritarisme porteur de nouveaux drames et de nouvelles crises.

Réunion importante jeudi 21 mars 2019 : préparation de notre Assemblée Générale annuelle.

Jeudi 21 mars à 20h00, réunion importante afin de préparer notre “Assemblée Générale” annuelle avec notamment :

– Son ordre du jour;

– Fixation du montant des cotisations;

– Élections des nouveaux membres au Conseil d’Administration;

– Changement éventuel du nom de l’association;

– Vos propositions.

Pour nous rejoindre, inscrivez-vous sur le site “Les Insoumis Démocrates”, rendez-vous à  la rubrique “Les vidéo-réunions” et suivez les instructions de connexion.

Un nouveau groupe politique est né : le “Centre Gauche Libéral”. 😂

 

En plus de Aurore Lalucq (porte parole de B. Hamon) , Nouvelle Donne et Pierre Larrouturou rejoignent Glucksmann et le PS. 

Lien vers l’article de “Libération”

Européennes.Nouvelle Donne, le parti fondé par l’économiste Pierre Larrouturou, et Aurore Lalucq, une des porte-parole de Génération-s, ont annoncé lundi leur ralliement à la liste que conduira Raphaël Glucksmann pour les européennes, avec le soutien du PS. «Je m’engage, avec Anne Hessel et les militants de Nouvelle Donne, dans cette campagne», a déclaré Larrouturou à l’AFP lundi soir.

L’économiste, qui a adhéré et quitté trois fois le PS, a créé Nouvelle Donne en 2013, après l’échec de la motion qu’il avait portée avec Stéphane Hessel (père d’Anne) au Congrès de Toulouse du PS en 2012. Le parti a obtenu 3% des voix aux élections européennes de 2014.

Depuis décembre 2017, Larrouturou fait avec le climatalogue Jean Jouzel la promotion du «Pacte finance-climat», qui propose notamment de «créer un vrai budget climat au niveau européen, doté de 100 milliards d’euros chaque année». Le texte a obtenu le soutien de très nombreuses personnalités dont l’ancien maire de Bordeaux Alain Juppé ou le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez. Selon des sources socialistes, Larrouturou pourrait se voir attribuer la cinquième place sur la liste tirée par Glucksmann.

Le nouveau PS, quitte à se reconstruire, devrait changer de nom et s’appeler le PSL “Parti Social libéral”.

Avec la nomination de Raphël Glucksmann comme tête de liste aux Européennes, le PS confirme son orientation libérale déjà assez prononcée.

Faites-vous votre opinion.

Parcours politique de Raphaël Glucksmann :

En 2006, il est investi pour être candidat aux élections législatives de 2007 par Alternative libérale, parti fondé par Édouard Fillias à la suite des mouvements anti-grève initiés à l’occasion de la réforme des retraites portée par François Fillon. Raphaël Glucksmann justifie son engagement pour ce parti en ce qu’il a « toujours été séduit par la philosophie libérale ».

En 2008, il aurait été l’« admirateur » de Nicolas Sarkozy, selon le journaliste Pierre Rimbert. Cependant, en 2015, il estime que le soutien apporté en 2007 par son père à Nicolas Sarkozy était une erreur.

En 2015, il est présenté par M, le magazine du Monde comme étant à l’origine un « athée en politique »29 ayant évolué de plus en plus à gauche « par dépit », Nicolas Sarkozy ayant « quitté le champ de l’acceptabilité républicaine. »

Il vote pour Benoît Hamon au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, après avoir participé à la rédaction de son discours pour le meeting de Bercy. Au second tour, il apporte son soutien à Emmanuel Macron, tout en regrettant sa « philosophie individualiste ». Il se dit toutefois « fier » de son élection.

Fin octobre 2018, il participe à la fondation de Place publique, un mouvement politique « citoyen, écologiste et solidaire », avec Claire NouvianThomas Porcher et d’autres personnalités du monde associatif et politique. Le mouvement est organisé autour de quatre urgences : urgence écologique, urgence sociale, urgence démocratique et urgence européenne. Il quitte France Inter début décembre 2018 pour se consacrer à ce parti politique.

Le 20 janvier 2019, il organise à l’Élysée Montmartre le premier meeting du parti ; près d’un millier de personnes y participent35. Il y renouvelle sa volonté d’unifier la gauche en vue des élections européennes. Après des mois de négociations, il est annoncé en mars 2019 à la tête d’une liste alliant Place publique et le Parti socialiste en vue des élections européennes en France39.

Toulouse-Blagnac: la justice à l’assaut de la privatisation Macron

Lien article Médiapart.

Toulouse-Blagnac: la justice à l’assaut de la privatisation Macron

 PAR 

Voulue par Emmanuel Macron en 2014, la privatisation de l’aéroport de Blagnac tourne au fiasco. Devant la cour administrative d’appel, le rapporteur public demande son annulation. Le tribunal de commerce est saisi d’une demande de placement sous séquestre des titres de l’acquéreur chinois.

La privatisation de la société de gestion de l’aéroport de Toulouse-Blagnac (ATB), qui s’est engluée dans des scandales à répétition depuis son lancement en 2014 par Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, tourne désormais au fiasco judiciaire. À preuve, elle est désormais menacée par deux procédures différentes.

Dans le cadre d’une première procédure, le rapporteur public de la cour administrative d’appel de Paris vient ainsi de se prononcer en faveur de l’annulation pure et simple de cette privatisation. Ce qui serait sans précédent et constituerait un camouflet gravissime pour le chef de l’État, principal organisateur de cette opération très controversée.

Et dans le cadre d’une seconde procédure, le tribunal de commerce de Toulouse est saisi d’une demande de placement sous séquestre des titres acquis auprès de l’État par l’investisseur chinois, le groupe Casil.

capture-d-e-cran-2019-03-13-a-15-19-59

La première procédure a été initiée par les syndicats SUD, FSU, CGT de la ville, qui sont membres d’un Collectif unitaire contre la privatisation de la gestion de l’aéroport de Toulouse Blagnac, lequel réunit également des organisations associatives, soit les 18 comités des quartiers survolés de la ville de Toulouse et de sa périphérie, mais aussi des organisations politiques et des élus. Représentant les trois syndicats, Me Christophe Lèguevaques a déposé un recours devant le tribunal administratif, faisant valoir que le cahier des charges de la privatisation n’avait pas été respecté par le groupe chinois Casil.

Or, après un premier jugement devant cette juridiction, qui a débouté les demandeurs, l’affaire est arrivée devant la cour administrative d’appel de Paris. Et l’audience qui lui a été consacrée lundi 11 mars a réservé une très grande surprise : le rapporteur public a estimé que le recours était fondé et a recommandé l’annulation de la privatisation.

Le rapport du rapporteur public n’est pas accessible, mais son résumé apparaît dans un document connu sous l’expression « sens des conclusions ». Or, ce dernier document (voir ci-dessous) est sans ambiguïté : « Les requérants sont fondés à soutenir que c’est à tort que le tribunal n’a pas annulé la décision litigieuse en retenant le moyen tiré de la méconnaissance du cahier des charges du fait du changement des candidatures en cours de procédure. »

toulouse

Un peu sibylline, cette formule sur le « changement de candidatures » mérite d’être décryptée, car elle est au cœur du premier scandale de cette privatisation. À l’époque, quand la procédure de privatisation avait été lancée, fin 2014, nous avions révélé l’opacité du consortium candidat au rachat, regroupant l’investisseur chinois Casil et un groupe canadien, SNC-Lavalin Inc., lequel consortium était dénommé Symbiose.

Dans le cas du groupe chinois, nous avions ainsi révélé (lire icique cette société Casil Europe, immatriculée en France, était détenue par Shandong High Speed Group et le fonds d’investissement Friedman Pacific Asset Management. Cette dernière société s’imbriquait dans un groupe très opaque, détenu par un oligarque chinois dénommé Poon Ho Man et son épouse Christina, et dont la holding de tête se dénomme Capella Capital Limited, une holding immatriculée aux îles Vierges britanniques.Cette holding de tête a pour filiale à 100 % une société dénommée Friedmann Pacific Investiment Holdings Limited, dont le pays d’immatriculation est inconnu : cette dernière société aurait elle-même une filiale dénommée Friedmann Pacific Asset Management Limited, immatriculée également aux îles Vierges britanniques. Nous racontions dans cette même enquête que cette société avait elle-même une autre filiale dénommée China Aircraft Leasing Groups Holdings Limited, implantée aux îles Caïmans.

Quant à l’allié canadien, SNC-Lavalin Inc., nous avions aussi fait des révélations passablement sulfureuses. Il suffit, écrivions-nous, d’aller sur le site internet de la Banque mondiale pour y apprendre que la banque lui a imposé la plus grave sanction jamais prononcée dans l’histoire de l’institution pour des faits graves de corruption.

Sous le titre « La Banque mondiale radie SNC-Lavalin Inc. et ses filiales pour dix ans » et le sous-titre « la plus longue période d’exclusion jamais fixée dans un règlement de la Banque mondiale », voici ce que l’on peut lire dans un communiqué en date du 17 avril 2013 : « Le Groupe de la Banque mondiale annonce ce jour la radiation de SNC-Lavalin Inc. – en plus de ses 100 filiales – pour une période de 10 ans, suite à une faute professionnelle commise par cette société dans le cadre du Projet de construction du pont multifonctionnel du fleuve Padma et d’un autre projet financé par la Banque. SNC-Lavalin Inc. est une filiale du Groupe SNC-Lavalin, une société canadienne dont elle représente plus de 60 % des opérations. Cette radiation s’inscrit dans le cadre d’un Accord de règlement négocié entre la Banque mondiale et le Groupe SNC-Lavalin, à l’issue d’une enquête menée par la Banque mondiale sur des allégations de complot de corruption impliquant SNC-Lavalin Inc. et des fonctionnaires au Bangladesh. » La même société aurait aussi été mise en cause pour un scandale de corruption en Syrie.

C’est donc une privatisation hautement dangereuse que le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, a appuyé à l’époque. Face à la véhémence des polémiques, le groupe chinois a-t-il donc préféré se séparer de son allié canadien, qui ne remplissait pas les critères d’honorabilité requis et faire seul son offre de reprise des titres de l’État ?

C’est évidemment cela qui a joué, car la circulaire du 14 février 2012 relative au Guide de bonnes pratiques en matière de marchés publics interdit à une entreprise qui a subi une telle sanction de pouvoir procéder à un appel d’offres public en France. C’est donc cela le motif principal qui motive l’avis du rapporteur public : Casil s’est séparé de son allié en cours de procédure de privatisation et a été en définitive le seul acquéreur des titres de l’État, alors qu’au début de la procédure SNC-Lavalin faisait partie du clan acquéreur. Or, le cahier des charges de la privatisation interdisait un tel changement pendant ce laps de temps.

Dans son recours, Me Christophe Lèguevaques a avancé de nombreux autres arguments. Il a ainsi fait valoir que, du fait de leur implantation dans les îles Vierges Britanniques et à Hong Kong, « paradis fiscaux au sens de l’OCDE et de la réglementation sociales », les deux investisseurs chinois du consortium Symbiose disposaient d’un « avantage anti-compétitif qui fausse l’analyse économique de leur offre et viole le principe d’égalité entre les candidats ».

Avec l’appui de la banque Lazard

Le rapporteur public a donc fait sensation en recommandant l’annulation de la privatisation. Car, désormais, il apparaît possible que la cour administrative d’appel se range à son avis et rende un arrêt d’ici environ deux semaines qui annule la privatisation.

La seconde procédure lancée par le même avocat, pour le compte des syndicats SUD et FSU de Toulouse, vise à obtenir le placement sous séquestre des titres détenus par le groupe chinois. Les raisons de cette demande sont faciles à comprendre. Après avoir pioché allègrement dans les réserves financières de la société, en se servant des dividendes colossaux, l’investisseur chinois, qui est épaulé par la banque Lazard, dirigée par Matthieu Pigasse, par ailleurs copropriétaire du Monde (lire ici et ), le groupe Casil envisage de faire une formidable culbute : il souhaite céder pour 500 millions d’euros les 49,9 % des titres qu’il a achetés à l’État lors de la privatisation pour un montant… de 308 millions d’euros ! Et des rumeurs insistantes suggèrent que pour échapper à l’impôt, la cession pourrait passer par Hong Kong, au travers d’une structure de tête qui contrôle Casil.

C’est le président du directoire de la Caisse d’épargne Midi-Pyrénées, Pierre Carli, qui a vendu la mèche, en expliquant à La Tribune les raisons pour lesquelles sa banque se retirait du consortium formé avec Ardian (ex-Axa Private Equity) et le fonds Mirova de Natixis, et ne souhaitait donc plus faire une offre pour le rachat des parts de Casil. « À ma connaissance, nous sommes quatre en lice : Vinci, Eiffage, notre groupement, ainsi que EDF Invest », a-t-il d’abord indiqué au site internet, avant d’expliquer les raisons du retrait de la caisse régionale des Caisses d’épargne : « Nous ne voulons pas échapper à l’impôt sur les plus-values. »

Le sous-entendu est transparent et La Tribune le décrypte sans la moindre difficulté : « Pour rappel, la société des actionnaires chinois Casil Europe dispose d’un siège à Paris mais, via un montage complexe, elle est détenue par une autre société basée à Hong Kong, appartenant à la liste grise des paradis fiscaux. En cas de cession des titres de Casil Europe, l’opération échapperait ainsi à la fiscalité française. »

Du même coup, on comprend mieux l’initiative des syndicats qui souhaitent le placement sous séquestre des titres de Casil : il s’agirait d’une mesure conservatoire, pour préserver les intérêts publics dans l’hypothèse d’une annulation de la privatisation.

Voici donc l’assignation déposée par Me Christophe Lèguevaques au nom des trois syndicats :

Dans cette assignation, les requérants font donc valoir que si une annulation de la privatisation était décidée par la justice, cela « entraînerait l’obligation pour Casil Europe de restituer plus de 30 millions de dividendes perçus […] depuis la cession ».

Ce mercredi matin, l’affaire a donc été plaidée devant le tribunal de commerce de Toulouse. L’avocat des trois syndicats a défendu son assignation, tandis que les conseils de Casil se sont bornés à contester l’intérêt à agir des requérants. À la fin des débats, le tribunal a mis son jugement en délibéré au vendredi 22 mars.

D’ici la fin du mois, on devrait donc disposer des deux décisions de justice. Et il coule de source que si la privatisation était annulée, le séisme serait immense, aussi bien au plan économique qu’au plan politique, car il s’agirait d’une grande première en France : jamais une privatisation n’avait jusque-là été annulée. Cette privatisation est d’ailleurs très sévèrement critiquée par un rapport récent de la Cour des comptes.

Mensonge autour du pacte d’actionnaire

Économiquement, comment les choses devraient-elles donc se dérouler ? L’État restituerait-il les 308 millions d’euros au groupe chinois, majorés du taux d’intérêt légal, s’estimant ainsi de nouveau propriétaire des 49,9 % des parts de l’aéroport de Toulouse-Blagnac ?

Mais le groupe Casil, qui est désormais contrôlé par une structure dénommée Sino Smart Inc Ltd, immatriculée effectivement à Hong Kong, et qui souhaite vendre ses parts pour 500 millions d’euros, se laissera-t-il faire ? Et si le tribunal de commerce ne décide pas la mise sous séquestre de ces titres, le groupe chinois acceptera-t-il de restituer les 30 millions d’euros de dividendes qu’il aurait alors indûment perçus mais qui se sont sans doute évaporés vers des cieux fiscaux plus cléments ?

Question incidente : comme l’implantation dans des paradis fiscaux des holdings de tête de Casil était connue dès l’origine, ne faudrait-il pas alors envisager des suites pénales contre l’irresponsable initiateur de la privatisation, sur le grief par exemple de « négligence » – grief maintenant bien connu puisqu’il a valu des poursuites à Christine Lagarde devant la Cour de justice de la République dans l’affaire Tapie ?

Tout cela fait beaucoup de questions, mais comme l’initiateur de cette privatisation n’est autre qu’Emmanuel Macron, on a tôt fait de comprendre que le séisme économique pourrait se doubler d’un séisme politique. Car cette privatisation, c’est en effet lui qui l’a pilotée de bout en bout. Pour la mettre en œuvre malgré les polémiques qu’elle suscitait, il a même proféré un mensonge public qui, en d’autres démocraties plus respectueuses de l’éthique, aurait pu mettre fin à sa carrière politique.

Que l’on se souvienne des débuts de toute l’histoire (lire ici! À la fin de l’année 2014, Emmanuel Macron décide donc que l’État cédera à la société Casil, contrôlée par des investisseurs chinois emmenés par Mike Poon, 49,9 % de la SATB. Et à l’époque, il fustige ceux qui dénoncent cette privatisation (dont Mediapart), en faisant valoir que cela… n’en est pas une !

En clair, l’opinion est invitée à comprendre qu’avec leurs 49,9 %, les investisseurs chinois seront des actionnaires importants mais minoritaires ; et que la société restera contrôlée en majorité par des actionnaires publics français, soit 25 % pour la chambre de commerce et d’industrie (CCI), 5 % pour la région Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, 5 % pour le département de la Haute-Garonne et 5 % pour Toulouse Métropole ; le solde, soit 10,1 %, étant détenu par l’État français.

Cette promesse-là, Emmanuel Macron la répète en boucle. Ainsi lors d’un entretien avec La Dépêche, le 4 décembre 2014 : « Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas d’une privatisation mais bien d’une ouverture de capital dans laquelle les collectivités locales et l’État restent majoritaires avec 50,01 % du capital. On ne vend pas l’aéroport, on ne vend pas les pistes ni les bâtiments, qui restent propriété de l’État. […] Nous avons cédé cette participation pour un montant de 308 millions d’euros », dit le ministre de l’économie.

Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron hausse même le ton, en marge du congrès de l’Union nationale des professions libérales : « Celles et ceux que j’ai pu entendre, qui s’indignent de cette cession minoritaire de la société de gestion de l’aéroport de Toulouse, ont pour profession d’une part d’invectiver le gouvernement et d’autre part d’inquiéter les Français. »

Mais peu après, Mediapart apporte la preuve qu’Emmanuel Macron ment. Notre enquête a révélé qu’un pacte secret d’actionnaires avait été conclu et qu’il liait l’État non pas aux collectivités publiques régionales et locales, mais aux investisseurs chinois. Nous avons publié les principaux extraits de ce pacte d’actionnaires que l’État avait conclu secrètement avec la société Casil (lire ici et ) et qui fait apparaître des dispositions stupéfiantes.

Ainsi, il est prévu que la SATB sera supervisée par un conseil de surveillance de quinze membres, dont deux désignés par l’État et six désignés par l’investisseur chinois, selon la disposition « 2.1.2 » du pacte. Autrement dit, ces huit membres du conseil de surveillance, liés par le pacte, garantissent aux investisseurs chinois minoritaires de faire strictement ce qu’ils veulent et d’être majoritaires au conseil de surveillance.

Le point « 2.1.3 » du pacte consolide cette garantie offerte aux investisseurs chinois, puisqu’il y est précisé que « l’État s’engage à voter en faveur des candidats à la fonction de membres du conseil de surveillance présentés par l’Acquéreur, de telle sorte que l’Acquéreur dispose de six (6) représentants au Conseil de surveillance ».

Mais il y a plus grave. Au point « 2.2.2 », l’État donne la garantie quasi formelle à l’investisseur chinois, aussi minoritaire qu’il soit, qu’il pourra décider strictement de ce qu’il veut et que la puissance publique française ne se mettra jamais en travers de ses visées ou de ses projets : « L’État s’engage d’ores et déjà à ne pas faire obstacle à l’adoption des décisions prises en conformité avec le projet industriel tel que développé par l’Acquéreur dans son Offre et notamment les investissements et budgets conformes avec les lignes directrices de cette Offre. » Bref, les investisseurs chinois avaient carte blanche pour faire ce qu’ils voulaient.

Pour mémoire, voici quelques extraits du pacte révélé par Mediapart :

Un combat citoyen exemplaire

capture-d-e-cran-2019-03-13-a-16-01-03

Et depuis cette révélation par Mediapart, le ministère des finances a continué de garder le secret sur ce pacte et ne l’a jamais rendu public dans sa version intégrale.Pis que cela ! Les représentants de l’État ont, comme prévu, voté toutes ces années au conseil d’administration de l’aéroport toutes les dispositions prévues par l’actionnaire chinois, y compris les plus choquantes, comme le versement des dividendes.

Le Collectif unitaire qui s’est constitué à Toulouse mène donc dans la ville et la région un combat politique et judiciaire contre cette privatisation qui reçoit un très large écho (ci-contre son dernier communiqué).

Pendant plus de quatre ans, le collectif a multiplié les initiatives (ci-dessous une vidéo relatant une réunion publique début 2015, à laquelle avait été invité l’auteur de ces lignes) pour dénoncer cette privatisation et parvenir à défendre les intérêts économiques, sociaux et environnementaux des citoyens de la région.

N’ignorant rien dès l’origine des implantations de Casil dans des paradis fiscaux, Emmanuel Macron n’en a pas moins décidé, en personne et en mentant publiquement pour que cela ne se sache pas, de confier à ce groupe chinois les clefs d’une entreprise publique stratégique pour toute la région, sans même que Casil ait à débourser le prix équivalent à un contrôle majoritaire. Le chef de l’État endosse donc aujourd’hui l’entière responsabilité de cette débâcle sans précédent.

Theresa May négocie un délai pour mieux faire adopter son projet de Brexit

Lien article Médiapart

Theresa May négocie un délai pour mieux faire adopter son projet de Brexit

 PAR 

Une majorité de députés s’est prononcée jeudi pour demander aux Européens un report de la date butoir du Brexit, épilogue de trois jours de chaos politique à Westminster. À deux semaines de la date officielle, il est toujours impossible de savoir si le Brexit aura bien lieu, et sous quelles modalités.

La semaine était partout annoncée comme décisive pour l’avenir du Brexit. Elle a surtout accru, encore un peu plus, le chaos politique à Londres, alors que les députés semblent toujours aussi incapables de se mettre d’accord sur la manière d’appliquer le résultat du référendum de juin 2016.

1 – Les trois votes de la semaine
Mardi, les députés ont rejeté à 391 voix (292 étant pour) le projet d’accord de sortie de l’UE négocié par Theresa May à Bruxelles. C’est un nouveau revers encaissé par la cheffe du gouvernement, après l’affront de janvier (rejet à 432 voix, 202 étant pour, mi-janvier), sur un texte à peine remanié.

Mercredi, les mêmes députés se sont prononcés contre une sortie de l’UE sans accord (un « no deal » aux conséquences impossibles à prévoir), avec une majorité contre bien plus serrée : 312 pour, 308 contre. Ce vote est symbolique, comme a ironisé un diplomate de l’UE : « C’est comme si le Titanic votait pour le déplacement de l’iceberg face à lui. »

Troisième acte, ce jeudi : ils ont voté pour un report du Brexit au 30 juin, proposé par May, à une très large majorité (413 contre 202). En théorie, le Brexit devait avoir lieu le 29 mars 2019, deux ans jour pour jour après le déclenchement par Londres de l’article 50 des traités, qui prévoit la sortie d’un pays de l’UE. Dans l’esprit de May, ces trois mois de répit, qui doivent encore être acceptés par les 27, pourraient l’aider à faire adopter son plan.

2 – Le nouvel ultimatum de May
Theresa May, en sursis depuis des mois, humiliée par son propre camp à plusieurs reprises, refuse de s’avouer vaincue. La soirée de jeudi l’a aidée à reprendre un semblant de contrôle sur la vie politique britannique.

La première ministre propose de soumettre au vote, mardi prochain, son projet d’accord, une troisième fois. Il n’y aurait plus, dans la tête de Theresa May, que deux options : soit son accord est accepté – et le Brexit a lieu le 29 mars ou d’ici au 30 juin –, soit les négociations sont repoussées au-delà du 30 juin, à une date plus lointaine qui rendrait le Brexit hypothétique. En clair : ce sera son accord, ou pas de Brexit du tout.

May continue de penser qu’il est possible de rallier, au dernier moment, la frange la plus bruyante des Tories, les partisans conservateurs d’un « no deal » rassemblés dans le European Research Group (ERG, où l’on trouve l’ancien maire de Londres Boris Johnson et Jacob Rees-Mogg, qui veulent tous deux la place de May).

Entre le vote de janvier, et celui de mardi, elle a réussi à rallier 39 conservateurs pro-Brexit, dont l’ancien secrétaire au Brexit David Davis. Les alliés nord-irlandais du DUP se montrent un peu plus flexibles depuis quelques jours, sur la question de la frontière irlandaise.

Il faut encore que May trouve 80 voix pour une majorité. D’où son changement de rhétorique. Depuis mercredi soir, l’alternative n’est plus : l’accord de Theresa May ou un « no deal » aux conséquences impossibles à prévoir, mais bien l’accord de May, ou la fin du Brexit tout entier…

Theresa May le 14 mars 2019 à Londres. © Reuters / Peter NichollsTheresa May le 14 mars 2019 à Londres. © Reuters / Peter Nicholls

3 – Des Tories chaque jour plus divisés
Les démissions de quelques députés, du côté du Labour (travailliste) comme des Tories(conservateurs), l’ont rappelé le mois dernier : le Brexit met à l’épreuve l’unité des deux principales formations politiques britanniques. À droite, la bataille entre les troupes tories fidèles à l’accord de May et les partisans d’un « no deal » a scandé les débats à Westminster depuis le début des négociations.

Une autre ligne de fracture est apparue mercredi soir au grand jour : quatre membres du gouvernement, dont la secrétaire d’État au travail Amber Rudd, inquiets d’un « no deal » au 29 mars, se sont désolidarisés des consignes de vote de leur propre exécutif. Ils se sont abstenus sur l’amendement excluant un « no deal », quand May appelait à voter contre. Plusieurs journaux britanniques, dont The Independent et The Times, titraient jeudi sur « la dislocation » (meltdown) de l’exécutif.Jeudi soir, les choses ne se sont pas arrangées, puisque pas moins de huit membres du gouvernement, dont le secrétaire d’État au Brexit Steve Barclay, ont voté contre la proposition d’un report au 30 juin de la date du Brexit, à l’encontre des consignes de May. En tout, plus de la moitié des députés conservateurs a voté contre l’avis de la première ministre.

4 – Pas de majorité pour un deuxième référendum

Le groupe indépendant, constitué des députés démissionnaires du Labour et des Tories, a déposé jeudi soir un amendement portant sur la tenue d’un deuxième référendum sur l’appartenance à l’UE, pour sortir du chaos politique actuel. Il a été très sèchement écarté (334 votes contre, 85 pour).

Le Labour de Jeremy Corbyn s’est retrouvé pris dans ses contradictions, appelant ses troupes à s’abstenir sur le sujet, alors même qu’il avait adouci un peu ses positions vis-à-vis d’une nouvelle consultation fin février. Si la majorité du groupe travailliste s’est abstenue, suivant la consigne officielle du parti, ils sont 24 députés Labour à avoir voté pour la consultation, et 17 autres à s’y être opposés. Preuve, là encore, de la fragmentation des grands partis politiques face au Brexit.

5 – Le report, mode d’emploi

Même si la majorité des députés est désormais favorable au report, il reste à Theresa May de le demander formellement aux Européens. Et aux 27 chefs d’État et de gouvernement de l’accepter. Ce sera sans doute l’enjeu principal d’un sommet européen, organisé jeudi 21 mars à Bruxelles – sauf adoption de l’accord de Theresa May d’ici là.

À l’origine totalement taboue à Bruxelles, l’option d’une extension est désormais sur la table. Même si toutes les capitales ne l’abordent pas de la même façon. À la tête du conseil européen, Donald Tusk juge qu’un délai supplémentaire serait une solution « rationnelle ». Il est celui des dirigeants européens le plus ouvert à une prolongation, et propose même une « extension longue » des discussions, au-delà du 30 juin, dès le sommet de la semaine prochaine.

Selon des sources diplomatiques, Angela Merkel, la chancelière allemande, est à peu près sur la même ligne, jugeant qu’un report d’ici au 30 juin serait une chose « facile ». Mais d’autres sont plus sceptiques. « Une extension, pour quoi faire ? Nous avons le traité, il est là », a lancé Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit pour les Européens, au parlement de Strasbourg mercredi. « Lorsque Theresa May va venir nous demander une prolongation des discussions, nous lui répondrons : pour quoi faire ? Dans quel but ? », a renchéri jeudi le premier ministre néerlandais, Mark Rutte.

Quant à l’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt, aujourd’hui eurodéputé et responsable du dossier Brexit pour l’hémicycle, il s’oppose vigoureusement à un report au-delà du 30 juin : « Hors de question », puisque le parlement européen sorti des élections de fin mai se réunira, pour la première fois, le 2 juillet. Il faudrait donc, en cas de report au-delà du 30 juin, que les Britanniques participent au scrutin européen. Le Belge n’est pas fermé à une extension plus modeste, à condition qu’elle repose « sur une majorité claire des députés en faveur de quelque chose ». Il est vrai qu’à ce stade, les députés se sont surtout illustrés, ces derniers mois, par des votes de rejet sur le Brexit, s’opposant à la quasi-totalité des propositions mises au vote.

Des policiers témoignent: «On est obligé d’accepter des instructions illégales»

Lien de l’article : Médiapart

Des policiers témoignent: «On est obligé d’accepter des instructions illégales»

 PAR 

Les officiers de police judiciaire d’un commissariat parisien dénoncent les « instructions illégales » de leur hiérarchie, en particulier lors des manifestations des « gilets jaunes ». Dans un mail que Mediapart a pu consulter, il est écrit que, sur ordre de la préfecture de police de Paris, les personnes interpellées doivent être systématiquement placées en garde à vue.

Six officiers de police judiciaire (OPJ), soit la totalité du service de leur commissariat parisien, ont, en février et pendant plus d’un mois, interrompu leur activité pour protester contre les instructions « liberticides » que leur imposait leur hiérarchie, notamment lors des manifestations des « gilets jaunes ». Ils se sont mis, en alternance et parfois à tour de rôle, en arrêt de travail – certains le sont encore aujourd’hui.

Jusqu’à présent, les consignes étaient données oralement. Mais un mail daté du samedi 9 mars 2019 émanant de l’état-major du district de l’est parisien, le plus important de la capitale, stipule, suivant les indications de la préfecture de police de Paris, qu’après « les éventuelles interpellations “GJ” qui [leur] seront attribuées par l’EM [l’état-major][…] [les personnes] devront être systématiquement placées en GAV [garde à vue] ».

Sylvain* (voir notre Boîte noire), 38 ans, OPJ dans l’est parisien, explique : « Nous sommes réquisitionnés comme commissariat de délestage pendant les week-ends afin de traiter les interpellations des gilets jaunes. »

Son service, la brigade de traitement judiciaire en temps réel (BTJTR), est dédié aux affaires de flagrant délit. « Dans le jargon, le ramassage, c’est le tout-venant, précise-t-il. Ensuite, en fonction des faits, nous dispatchons, si besoin dans des services spécialisés, et nous gardons les affaires de flagrant délit. Lorsqu’une personne est arrêtée et ramenée à notre commissariat, nous devons décider de la placer ou pas en garde à vue. »

La garde à vue est en théorie prévue lorsqu’il y a des raisons de penser qu’une personne « a commis ou tenté de commettre un crime ou un délit ». Elle doit être justifiée par l’un des six motifs prévus par la loi.

Or, depuis le début des manifestations des gilets jaunes, s’insurge l’officier, « les consignes sont les suivantes : placer systématiquement les gilets jaunes arrêtés en garde à vue. Il s’agit souvent d’arrestations préventives. C’est-à-dire qu’en termes de droit, rien n’est respecté. Dans le mail que nous avons reçu, il est écrit noir sur blanc que l’état-major ordonne que la garde à vue doit être systématique. C’est complètement illégal ».

Contactée par Mediapart, la préfecture de police de Paris a refusé de répondre à nos questions concernant ces instructions.

Manifestation des gilets jaunes- 2 février 2019 - Paris © ReutersManifestation des gilets jaunes- 2 février 2019 – Paris © Reuters

Sylvain* rapporte le cas d’un manifestant venu de province et interpellé à la sortie du train, avec un simple masque en papier blanc, ou d’un autre muni d’une pancarte. « Ils ont été arrêtés pour port d’armes prohibées ! Alors qu’il s’agit d’un masque de bricolage en papier ou d’une pancarte. C’est très inquiétant pour les libertés publiques. L’autre motif d’arrestation fourre-tout est de “participer sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens”. »

Introduite en 2010, sous Nicolas Sarkozy, pour arrêter de manière préventive les « casseurs », cette infraction est passible d’une peine d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.

« Lorsqu’on interpelle la personne, elle n’a donc commis aucune infraction, tout est potentiel, “préventif”. Pour moi, c’est, de ce fait, abusif, déplore Sylvain*. Nous sommes devenus une machine à “boîter”, à enfermer en cellule. »

Il a tenu à informer sa hiérarchie qu’il ne placerait pas systématiquement en garde à vue des personnes qui n’avaient pas à l’être. « La réponse qui m’a été faite, à l’oral bien sûr : “Je vous ai donné les instructions. Même s’il n’y a pas d’infraction, vous placez en garde à vue.” Ces instructions viennent de la préfecture de police de Paris et au-dessus, du ministère de l’intérieur. » 

La révélation de ces « abus » intervient après la diffusion de la note du 12 janvier de Rémy Heitz, procureur de la République de Paris. Sous l’intitulé « Permanence gilets jaunes », des directives aux procureurs visaient à réprimer le mouvement. Il y était demandé de maintenir en garde à vue des personnes dont le cas avait pourtant fait l’objet d’un classement sans suite, et cela jusqu’au samedi soir, voire au dimanche matin, afin d’empêcher les interpellés de manifester. « Une atteinte très grave à une liberté fondamentale », commentait Laurence Roques, présidente du Syndicat des avocats de France, dans un article à lire ici.

Les consignes de la préfecture de police de Paris demandant de placer systématiquement en garde à vue relèvent de la même logique et la complètent : on interpelle, on place en garde à vue dans tous les cas et l’on maintient en détention les personnes interpellées, même quand on n’a définitivement rien à leur reprocher.

En choisissant de devenir policier, Sylvain* espérait « rendre justice, un rêve d’enfant », ironise-t-il, sans savoir s’il va désormais continuer dans cette voie. « Je n’ai pas envie d’être utilisé comme un outil par le gouvernement pour servir une politique qui va à l’encontre des libertés fondamentales, en particulier celle de manifester. »

Il n’est pas le seul à avoir refusé d’appliquer ces directives. Faute d’être entendu par ses supérieurs, Thomas*, 34 ans, a dû s’arrêter pour épuisement professionnel, ne supportant plus d’« enfreindre la loi, alors qu[’il est] là pour la faire respecter ».

Selon lui, sur des « sujets sensibles » comme les gilets jaunes, « le judiciaire est devenu la boîte à outils du politique. Si on refuse d’obéir, en tant qu’OPJ, on est le fusible qui saute pour faute lourde. Du coup, on est obligé d’accepter des instructions illégales jusqu’au “burn out” ou à la dépression ».

Thomas* se souvient des premiers week-ends de manifestation des gilets jaunes. « C’étaient les plus tendus. Les personnes qu’on nous ramenait au commissariat, c’était de pauvres gens, des pères de familles qui, comme 90 % des gilets jaunes, étaient juste à Paris pour manifester. Ils ne connaissaient pas leurs droits et ne pouvaient même pas se rendre compte que leur garde à vue était abusive. À l’issue, la majorité n’ont rien eu. »

Le 8 décembre, par exemple, plus de la moitié des 820 personnes mises en garde à vue ont fait l’objet d’un classement sans suite. Et sur les 264 personnes présentées à un magistrat, 160 ont reçu un simple rappel à la loi, acte qui n’est pas inscrit sur le casier. « Ce jour-là, précise Thomas*, on a dû entasser les gens. Alors que notre commissariat a 16 places en cellules, on y a placé plus de 30 personnes. Et sur ces 30, 25 ont fait l’objet d’un classement sans suite. » 

« C’est une entrave aux droits fondamentaux : les arrestations préventives se poursuivent par des gardes à vue abusives. On pourrait dire que les gilets jaunes, c’est un peu la goutte d’eau… », poursuit Thomas*. Depuis un an et demi, les effectifs se réduisent. Sur les 17 OPJ initiaux du service, il n’en reste plus que 6.

« Il y a une désaffection pour ce que l’on fait. On doit répondre sans cesse à une politique du chiffre, d’affichage, qui vient servir les intérêts des commissaires. Ils peuvent éventuellement finir dans le corps préfectoral. Ils ont des primes qui peuvent être majorées à la fin du mois en fonction des résultats. »

Tous les policiers ont une part indemnitaire dans leur salaire. Pour les commissaires, il s’agit de l’IRP, l’indemnité de responsabilité et de performance, qui a une part variable, pouvant être majorée de 20 à 40 %, en fonction notamment de la charge de travail, de la mise en œuvre de projets ou d’objectifs annuels à atteindre. 

La politique du chiffre n’a rien de nouveau. Seules ses cibles varient. « Par exemple, on a des “opérations cigarettes”, dans certains quartiers de Paris, pour arrêter les vendeurs à la sauvette. Quel intérêt ? On ne s’en prend pas aux organisateurs du trafic. Autant dire que ça ne sert à rien, si ce n’est à gonfler les statistiques. Le commissaire peut s’enorgueillir d’avoir fait 1 000 GAV dans le mois. » 

Pour Thomas*, ces opérations ne contribuent pas à renforcer le maintien de l’ordre public mais l’affaiblissent. Il décrit le jour où « un fou, armé d’un couteau, avait blessé une passante. Nous avions besoin d’envoyer des renforts sur place pour le maîtriser. Or, les effectifs étaient mobilisés pour interpeler des vendeurs à la sauvette. L’état-major du district nous a fait savoir qu’ils n’en bougeraient pas, puisque c’était une priorité. »

Cette utilisation des forces de l’ordre soulève non seulement la question de la sécurité publique mais là encore celle de la légalité des procédures. Les OPJ n’étant pas assez nombreux, « il est devenu régulier, aujourd’hui, que des assistants de police judiciaire [APJ]  écrivent des actes à notre place, alors qu’ils n’en ont pas le droit, notamment en matière de garde à vue. Je n’ai plus qu’à signer la procédure, mais, faute de temps, je ne vérifie que la forme et pas le fond. Je deviens un prête-nom, avec les risques que cela représente. Ça s’apparente à un faux en écriture. »

Thomas* précise qu’en cas de prolongement de la garde à vue, si l’APJ « s’est pris la tête avec la personne arrêtée, et s[’il] est mal intentionné, il peut prolonger sous un prétexte fallacieux la garde à vue. De mon côté, je vais signer, dans ce cas, une procédure abusive. »

« Ce qui est le plus dur, confie l’officier, c’est la perte de sens de notre travail. Nous sommes commandés par des incompétents qui ne connaissent pas le métier et gèrent les gens comme des pions. Dans notre service, un collègue est en arrêt pour dépression, ne se retrouvant plus dans les ordres donnés, un autre s’écroule en larmes, chaque matin, en venant au travail. »

Le médecin du travail de la préfecture de police de Paris s’est opposé à ce que deux officiers (sur six) de ce service reprennent leur activité, leur état étant jugé trop fragile.

Les syndicats Alliance et Unité SGP-FO ont réagi dans des tracts, dénonçant le « burn out » des OPJ. Ils demandent le recrutement d’officiers supplémentaires et la diminution de la capacité d’accueil des gardes à vue. « Des tracts, c’est tout ce qu’ils savent faire, estime Thomas*. Ils n’ont pas compris que ce sont les ordres, la politique en matière de maintien de l’ordre qu’il faut changer pour que l’OPJ puisse retrouver sa mission initiale. Mais le syndicalisme policier, c’est un syndicalisme de jaunes. Ils sont dans un consensus perpétuel avec la hiérarchie, en échange d’avancements de carrières. À mon sens, c’est de la corruption. »

Sylvain* et Thomas*, qui ont préféré parler sous couvert d’anonymat, savent que leurs témoignages déclencheront une enquête en interne pour retrouver ceux qui ont « osé contester la hiérarchie ». Ils rappellent le sort réservé à Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat Vigi, syndicat de police minoritaire, passé en conseil de discipline, le 20 février dernier, pour avoir notamment dénoncé la « dérive autoritaire » du gouvernement lors des manifestations des gilets jaunes.

« Mais, après en avoir parlé avec l’ensemble de nos collègues, explique Sylvain*, nous avons décidé de le faire pour que la vérité soit entendue. Le devoir de réserve a bon dos et permet de couvrir des ordres et des actes illégaux de la police. » Il y a eu des précédents.  Afin de protester contre la surcharge de travail, induite notamment par la politique du chiffre, des services d’officiers de police judiciaire ont déjà, il y a un an, cessé leur activité dans deux autres commissariats parisiens. « Mais cela n’a rien changé », regrette Sylvain*.

Load more

%d blogueurs aiment cette page :