La reconquête démocratique passe-t-elle par le local?

Ce que je prône depuis très longtemps. Plutôt que de se choisir un “chef gourou”, prenons le pouvoir par la base, par les élections intermédiaires et avec des listes citoyennes. Les municipales en sont l’occasion.

La reconquête démocratique passe-t-elle par le local?

16 OCTOBRE 2019 PAR LA RÉDACTION DE MEDIAPART

Lien vers Médiapart

À l’approche des municipales, Mediapart met en lumière nos partenaires qui font vivre une presse indépendante localement, et fait le bilan des initiatives citoyennes en cours ou qui se lancent actuellement. 

Les ronds-points, les ZAD, les places qu’on occupe, où l’on conteste mais où l’on construit également… en quelques années, de nombreuses mobilisations semblent témoigner du retour au local pour proclamer et faire vivre l’idéal démocratique. Pendant ce temps, une presse numérique locale indépendante essaie également de s’implanter, pour jouer son rôle d’investigation et d’animation du débat public. Retour sur ces tendances, en deux plateaux Live.

> Le combat pour la liberté et l’indépendance de l’information locale

© Mediapart

Animation : Stéphane Alliès

Avec nos partenaires : Jacques Trentesaux de Mediacités, Gilles Triolier du Poulpe, Lisa Castelly de Marsactu et Benjamin Téoule du D’Oc.

À lire : l’article de Mediacités sur l’hémorragie de la presse locale.

> Le municipalisme : des expériences et des projets 

© Mediapart

Animation : Fabien Escalona et Mathilde Goanec

Avec Fathi Bouaroua (co-initiateur du Pacte démocratique pour Marseille) ; Guillaume Gourgues (maître de conférences en science politique à l’université Lumière Lyon-II) ; Fernand Karagiannis (conseiller municipal à Saillans) ; Steven Mathieu (« gilet jaune » de Commercy) ; Anne-Sophie Olmos (conseillère municipale à Grenoble) ; Vincent Verzat (vidéaste et youtubeur, co-initiateur de « Super local »).

Retrouvez ici les entretiens et débats vidéo de Mediapart.

En 2018, les inégalités et la pauvreté ont fortement augmenté en France

En 2018, les inégalités et la pauvreté ont fortement augmenté en France

16 OCTOBRE 2019 PAR ROMARIC GODIN

 

Selon l’Insee, l’indice de Gini qui mesure les inégalités devrait avoir connu en 2018 une progression inédite depuis 2011, tandis que le taux de pauvreté progresserait également. C’est le fruit direct de la politique économique et budgétaire du gouvernement.

C’était le 23 août 2019. Avant la réunion en grande pompe du G7 de Biarritz, Emmanuel Macron reçoit à l’Élysée 34 dirigeants de multinationales pour qu’elles s’engagent « à la réduction des inégalités ». Toute la novlangue néolibérale est mobilisée pour l’occasion : il faut une « coalition des entreprises » pour une « croissance inclusive » et chacun y va de son engagement, la main sur le cœur. Le lendemain, sur la côte basque, le chef de l’État assure dans son intervention sur TF1 que les sept dirigeants réunis à l’Hôtel du Palais vont « prendre des mesures concrètes » pour lutter contre les inégalités. Le thème sera pourtant absent du maigre communiqué final. Symbole d’un gouvernement schizophrène qui aggrave ce qu’il entend réparer.

Emmanuel Macron et Édouard Philippe le 8 mai 2019. © Reuters

Deux mois plus tard, les promesses des grandes entreprises ont été oubliées, mais leurs dirigeants, eux, ont encaissé les fruits de la politique du gouvernement. Et les premières estimations de cette politique ne laissent aucun doute : sous l’effet des choix économiques d’Emmanuel Macron et Édouard Philippe, les inégalités se sont creusées dans le pays et la pauvreté a progressé. L’Insee a publié ce 16 octobre une évaluation préliminaire du coefficient de Gini pour l’année 2018, année au cours de laquelle des mesures de défiscalisation du capital et de ses revenus ont été prises en priorité, dès le 1er janvier. Ce coefficient indique le niveau de dispersion des revenus : plus il est proche de 1, plus les inégalités sont grandes, plus il se rapproche de 0, plus elles sont faibles.

En 2018, l’Insee s’attend à une progression de 0,005 point de cet indice à 0,294. En soi, ce chiffre n’est guère parlant. Mais cela ferait de 2018 l’année au cours de laquelle cet indice, et donc les inégalités, a le plus augmenté depuis 2010. Grâce à son matelas social et à son système de redistribution, la France avait en effet réussi à effacer la forte hausse des inégalités observées pendant la crise où l’indice était monté de 2009 à 2011, de 0,290 à 0,306. En 2013, l’indice était retombé à 0,288, soit un niveau inférieur à celui de 2006. Il était depuis stabilisé autour de ce niveau. Mais c’en est désormais terminé. Si l’évaluation de l’Insee se confirme, l’indice de Gini sera, en 2018, supérieur à celui de 2009. Sauf qu’en 2009, la France avait connu une contraction du PIB de 2,8 % alors qu’en 2018, elle a connu une croissance de 1,2 %. Voilà donc pour la « croissance inclusive ».

Une telle ampleur de la hausse annuelle de l’indice de Gini et donc des inégalités ne s’est rencontrée que deux fois depuis 1996, soit depuis vingt-trois ans : en 1998, au moment de la « bulle Internet » et en 2010 en conséquence de la grande crise financière. Mais cette fois, c’est une construction politique consciente. L’Insee n’en fait pas mystère : la hausse de l’indice de Gini trouve son origine dans la mise en place du prélèvement forfaitaire unique (PFU), la fameuse « flat tax » qui limite à 30 % la fiscalité sur les revenus du capital. Et ce, par deux mécanismes.

Le premier est connu et évident : le PFU a réduit les prélèvements fiscaux sur ces revenus qui concernent les plus fortunés puisque ce sont eux qui étaient auparavant taxés avec des taux plus élevés. Ceci a compté pour 0,001 point d’indice. Mais surtout, en incitant au versement de dividendes pour des raisons fiscales, ce PFU a creusé encore davantage les inégalités. Les versements de dividende ont en effet fortement augmenté, concentrant la distribution avant redistribution sur les plus riches et faisant bondir l’indice de Gini de 0,004 point. Et comme la redistribution n’a plus joué, les inégalités issues de ces revenus du capital sont restées.

Évolution de la croissance de l’EBE des entreprises et de celle des dividendes versées. © Insee, note de conjoncture de juin 2019.

Le PFU est donc une machine formidable à inégalités, comme nous le soulignions dès fin juin dans cet article : il concentre la richesse sur les revenus mobiliers et bloque toute redistribution. Il favorise le versement de dividendes disproportionnés au regard de la rentabilité des entreprises. Le gouvernement se vante de son succès en indiquant que le niveau de versement des dividendes lui permet de récupérer les recettes perdues par la limitation du taux. Mais comme, par ailleurs, le gouvernement ne pratique plus de politiques redistributives significatives, ce « succès » n’est pas utile à la lutte contre les inégalités.

Il ne l’est pas davantage pour le prétendu objet de ce PFU : l’investissement productif. Au reste, on ne le rappellera jamais assez, le secteur privé français ne manque pas de moyens d’investir : l’épargne des ménages est abondante et atteint un niveau record (15 %), tandis que l’épargne des entreprises est surabondante (le taux d’autofinancement des entreprises atteint 100 % de l’investissement) et la politique monétaire permet de disposer d’un accès bon marché et abondant aux crédits.

Bref, le PFU n’était pas une urgence sur le plan économique. Et ce n’est donc pas étonnant que même le très bienveillant comité d’évaluation de la réforme de la fiscalité du capital n’ait pu trouver d’éléments économiques concrets favorables à cette réforme et demande, ainsi, de la « patience »… Débarrassé de cette rationalité, il n’est donc plus que ce qu’il produit : un mécanisme de contre-redistribution visant à favoriser les classes aisées de la société.

Il est d’ailleurs important de noter que cette première estimation ne prend pas en compte, « pour des contraintes de disponibilité de données », les effets de la suppression de l’ISF, l’impôt de solidarité sur la fortune et sa transformation en simple impôt sur la fortune immobilière (IFI). Or, ces effets s’annoncent encore immense : une étude de 2019 citée par l’institut statistique a jugé qu’elle devrait creuser de 0,002 point l’indice de Gini, ce qui porterait la hausse annuelle à 0,007 point à 0,296, un niveau jamais atteint si on exclut la période 2010-2012 touchée par la crise et l’austérité des années 2010 et 2011. Bref, l’effet négatif sur les inégalités est sans doute beaucoup plus grave que ce que l’on peut aujourd’hui juger. L’estimation complète de l’indice de Gini pour 2018 sera publiée en septembre 2020.

Un changement en 2019 et 2020 ?

Reste évidemment une question : la situation va-t-elle changer avec les mesures fiscales 2019 et 2020, notamment la fin de la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages et la baisse de l’impôt sur le revenu pour les contribuables soumis aux deux premières ? Une évaluation de l’Institut des politiques publiques (IPP) publiée le 18 octobre a permis de mettre en évidence un « rééquilibrage » des mesures vers les « classes moyennes », entendues au sens large. Selon l’IPP, ce seraient alors, sur la période 2018-2020, la partie de la population comprise entre les 25 % les plus pauvres et les 25 % les plus riches qui seraient les grands gagnants des mesures fiscales de ces trois années avec des gains de revenus disponibles autour de 3 %, tandis que les 1 % les plus riches, eux, verraient ces gains s’établir à 2 %.

Impact des mesures budgétaires de 2018 à 2020. © IPP

Mais cela amène une première remarque : cette politique de rééquilibrage n’est pas le fruit de la « politique du gouvernement », mais d’une crise sociale que ce gouvernement cherche à éteindre sans revenir sur ses réformes passées.

Au reste, il faut alors prendre garde : l’effet signalé par l’Insee d’un changement de comportement induit par des versements accrus de dividendes liés au PFU pourrait perdurer et augmenter d’autant les gains pour les plus riches. Ces derniers, par ailleurs, cesseront de payer l’ISF sur le patrimoine mobilier et donc réalisent de facto ce gain chaque année, même si ce gain n’est pas enregistré comme tel dans les statistiques.

Par ailleurs, comme l’a noté l’économiste de l’OFCE Pierre Madec, en euros, les gains moyens montrent encore des écarts considérables : 4 462 euros en moyenne pour les 1 % les plus riches contre 800 à 1 300 euros pour les classes moyennes. À noter enfin qu’en fin de quinquennat interviendra la suppression de la taxe d’habitation pour les 20 % les plus riches.

Enfin et surtout, les grands perdants, sans aucune contradiction possible, de ces mesures sont les personnes figurant dans le premier décile, autrement dit les 10 % les plus pauvres en termes de revenus. Pour eux, les gains sont faibles et parfois même nuls ou négatifs. Ce sont eux qui participent le plus au financement des baisses d’impôts pour les classes moyennes. Soit par la pression exercée sur la dépense sociale : contemporanéité du calcul des allocations logement (1,4 milliard d’euros d’économies en 2020), la réforme de l’assurance-chômage (800 millions d’euros), la désindexation des allocations sociales… Dès lors, le verdict devrait inévitablement conduire de nouveau à un creusement des inégalités, particulièrement entre les deux extrêmes de l’échelle sociale.

Effet du budget 2018-2020 sur les ménages par déciles en euros. © IPP/ Pierre Madec (OFCE)

L’Insee a en effet également donné son estimation du taux de pauvreté pour 2018 et il est inquiétant puisqu’il aurait augmenté de 0,6 point à 14,7 %. Ce serait le taux le plus élevé depuis les années 1970 ! Ce taux traduit la partie de la population vivant sous le seuil de 60 % du revenu médian, autrement dit du revenu qui divise la population en deux parties égales.

Il faut cependant immédiatement relativiser cette hausse qui prend en compte la baisse des allocations logements dans le logement social mais pas la baisse des loyers qui l’a accompagnée. Le taux de pauvreté étant en effet calculé sur le revenu médian, une baisse de dépense n’est pas prise en compte alors que l’est la baisse des allocations. Notons cependant que ce calcul n’est pas incohérent : les loyers peuvent être à nouveau relevés, mais l’allocation, elle, est perdue.

Corrigé de cet élément statistique, le taux de pauvreté se situe à 14,3 %, soit une hausse de 0,2 point. Cela se traduirait cependant par une troisième année consécutive de hausse avec un taux de pauvreté qui serait le plus élevé depuis 2011 et qui n’a été dépassé qu’à deux reprises depuis vingt-trois ans : en 1996 et en 2011. Bref, malgré la correction, c’est un mauvais chiffre qui laisse 9,1 millions de personnes en France en situation officielle de pauvreté…

Là encore, on voit combien le discours du gouvernement sur les hausses de certains minima sociaux n’était que de façade. Pour la masse des plus pauvres, la situation ne s’améliore pas. D’une part parce que les transferts sociaux demeurent sous pression et, d’autre part parce que les salaires des plus fragiles progressent moins vite que les autres. L’Insee explique ainsi cette progression du taux de pauvreté par « l’augmentation du niveau de vie médian », notamment en raison de « salaires relativement dynamiques ». Mais si cette augmentation laisse davantage de personnes sous la barre des 60 % de ce niveau médian, c’est que, précisément, les revenus des plus pauvres ne progressent pas aussi vite que ceux des autres. Cela signifie donc que les hausses de revenu sont concentrées en haut de l’échelle sociale.

C’est la conséquence directe de la précarisation et de la libéralisation du marché du travail dont la raison réelle est bien de favoriser la formation « correcte » du prix. Autrement dit, la pression pour modérer les salaires les plus modestes pour les travaux les moins productifs est naturellement plus forte que sur les autres. On voit ici l’effet direct des « réformes structurelles » tant vantées par le gouvernement et d’autres… Il faut, à cela, ajouter le fait que le versement disproportionné des dividendes en 2018 en raison du PFU a conduit à cette hausse relative.

Dès lors, il est difficile de définir autrement que comme une politique clairement de classe la politique d’Emmanuel Macron. Son rééquilibrage en faveur des classes moyennes pour faire accepter par ces dernières ses réformes structurelles, du marché du travail aux retraites en passant par les privatisations et l’assurance-chômage. Mais il semble déjà possible de dire que ce quinquennat restera comme celui d’un grand changement : le renversement, sans crise économique majeure, de la dynamique des inégalités en France. Une première.

Il n’y a là rien d’étonnant : le néolibéralisme qu’Emmanuel Macron met en œuvre dans le pays avec ses certitudes économiques liées au « ruissellement » est une machine idéologique à créer des inégalités et de la pauvreté. Il favorise ouvertement sous couvert d’une illusoire « efficacité économique » les classes les plus aisées au détriment des plus fragiles. Ce phénomène s’est déjà réalisé en Suède, un des modèles de l’actuel pouvoir, où l’indice de Gini est passé entre 1990 et 2017 de 0,21 à 0,28.

Jusqu’ici, la France avait résisté en voyant ses inégalités contenues. Emmanuel Macron a fait le choix d’en finir avec cette capacité de l’économie française. Il favorise les détenteurs de capitaux mobiliers, mais il prend ainsi un risque politique considérable dans un pays qui est très peu tolérant avec le creusement des inégalités. En cela, à un moment délicat où la croissance française stagne à un niveau bas et où celle du monde s’affaisse, il joue plus que jamais avec le feu. En tout cas, une chose est certaine, il existe une raison suprême pour laquelle Emmanuel Macron n’a jamais pu se débarrasser de son qualificatif de président des riches : c’est que cette locution résume parfaitement sa politique.

 

Une idée pour les listes citoyennes aux municipales.

Saillans, le village qui réinvente la démocratie

PREMIUMLes Gilets jaunes en rêvent, Saillans l’a fait. Depuis les municipales de 2014, cette commune de la Drôme est gérée directement par ses habitants.

Séance de travail à la mairie de Saillans : de face, de gauche à droite, le maire, Vincent Beillard, Annie Morin, première adjointe, Fernand Karagiannis et Sabine Girard, deux des 15 adjoints citoyens.
Séance de travail à la mairie de Saillans : de face, de gauche à droite, le maire, Vincent Beillard, Annie Morin, première adjointe, Fernand Karagiannis et Sabine Girard, deux des 15 adjoints citoyens. (Arnold Jerocki/Divergence pour le JDD)
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Saillans, c’est 1.275 âmes nichées dans la vallée de la Drôme, entre la rivière et le massif des Trois Becs. Des ruelles étroites qui serpentent à l’ombre de façades tordues jusqu’à la Grand-Rue où une dizaine de commerces jouent des coudes. C’est aussi une école pleine à craquer. Et juste à côté, une mairie grande ouverte. À tous, à toute heure, tous les jours depuis quatre ans et demi et les dernières élections municipales, lorsqu’une liste citoyenne a été élue. Depuis, la gestion de ce village est participative.

“On a voulu faire les choses autrement, sourit Fernand ­Karagiannis, l’un des 15 ­adjoints citoyens. De la collégialité, un fonctionnement participatif et la transparence de la mairie.” Trois exigences nées en 2013 quand le village s’est soulevé contre un ­projet d’­hypermarché porté par l’ancien maire. Après avoir fait reculer l’édile, certains ont monté une liste alternative avec des volontaires tirés au sort. Quelques mois plus tard, ils ramassaient la mise : près de 57% des voix dès le premier tour, avec 80% de participation.

Les adjoints égaux au maire

Dans ce petit morceau de France coincé entre Die et Valence se joue depuis une nouvelle partition démocratique, avec ses hauts et ses bas. “Il a fallu tout coconstruire”, se rappelle Annie Morin, 70 ans et première adjointe. Avec un mode de fonctionnement inédit : tous égaux, du maire aux adjoints. Le conseil municipal est désormais la chambre d’enregistrement des décisions prises par un “comité de pilotage”, sorte de conseil d’adjoints ouvert aux habitants, et par des “commissions participatives” mêlant élus et citoyens volontaires.

Les projets sont discutés dans les “groupes actions projets” qui planchent sur des questions comme les pesticides ou l’éclairage public. Parallèlement, “l’observatoire de la participation”, groupe composé de 12 habitants tirés au sort, veille au bon fonctionnement des jeunes institutions.

Des consultations en ligne et quelques référendum

“Tout prend plus de temps, concède Fernand Karagiannis. Mais le temps de la concertation rend les décisions plus légitimes.” Les Saillansois sont également consultés en ligne et, plus rarement, par référendum. Le dernier en date portait sur les compteurs Linky, rejetés par la majorité. Le gros projet du moment : le plan local d’urbanisme (PLU), auquel les habitants sont étroitement associés. Il mobilise un peu moins de 30% de la population, soit l’un des projets qui fédèrent le plus.

Tout prend plus de temps. Mais le temps de la concertation rend les décisions plus légitime

“C’est dommage que les gens ne s’investissent pas plus, regrette Maguy, 80 ans. Parce que c’est un formidable mode de gouvernance, même s’il prend du temps et est contraignant.” Élue municipale entre 2002 et 2008, elle a vu la différence. “Avant, on partait de notre décision pour descendre vers les gens, explique-t-elle. Aujourd’hui, on part des gens pour aller vers la décision. Et ces assemblées permettent de rencontrer une nouvelle population. C’est eux l’avenir.”

Certains se sentent “dépossédés”

Car le village est en constant ­accroissement démographique. Un tissu associatif dynamique couplé à la gestion participative de la commune en a fait un pôle d’attraction. Ingénieurs, ­chercheurs et documentaristes séduits par ce laboratoire ­démocratique s’y sont installés, gonflant une population de néoruraux qui augmente depuis plusieurs années. “Ils nous accompagnent et s’investissent plus, remarque Annie Morin, ex-directrice de l’école. Mes anciens élèves sont moins politisés.”

C’était mieux avant, on savait qui commandait

Ses anciens élèves, on peut les trouver au Café des Sports, le bar près de la mairie. Les avis y sont mitigés. “Je ne suis ici que depuis deux ans, botte en touche Ludo, l’un des patrons. Mais la mairie, je n’en entends pas beaucoup de bien.” Un quadra aux épaules carrées boit son café en terrasse. Ce natif de Saillans gonfle les joues quand on évoque la gestion participative. “Je ne sais pas trop, je n’y vais pas, dit-il. Je ne comprends pas bien comment ça marche. C’était mieux avant, on savait qui commandait.”

Plus loin, trois amies discutent autour d’un verre de blanc. “Saillansoises pure souche”, ces “anciennes” n’aiment pas ce qu’il se passe “là-haut”, à la mairie. Elles trouvent qu’on ne les “écoute pas”, que “cette bande parle beaucoup mais fait peu”. L’une baisse un peu la voix. “Qu’ont-ils fait de concret, à part nous ramener des zadistes?” Et de conclure : “On est dépossédés de notre village.”

Une grande répétition générale

À Saillans, si on force (un peu) le trait, bleus de travail et ­permanentes impeccables côtoient chaussures de rando et tignasses au vent. Les premiers ­fréquentent plutôt le Café des Sports quand les seconds, les “néo”, se ­retrouvent aux bars associatifs, à l’opposé de la rue. La cohabitation est polie, ­parfois méfiante. “Il y a une ­fracture, admet Annie Morin. On essaie de multiplier les outils ­participatifs, mais ceux qui sont à part le restent. Ils ont peur. On a sûrement fait des erreurs. Tout ce qu’on fait ici est nouveau. Cette démocratie met du temps.” Avant de réfléchir. “Ça prendra peut-être une nouvelle génération.” Une chose est sûre, selon elle : ­certains principes de collégialité et de transparence sont désormais gravés dans le marbre, “même si une municipalité classique reprenait la main aux prochaines élections”.

On a sûrement fait des erreurs. Tout ce qu’on fait ici est nouveau. Cette démocratie met du temps

Peu suivi à Saillans, le mouvement des Gilets jaunes, qui a fait du référendum d’initiative citoyenne (RIC) son cheval de bataille, donne une résonance toute nouvelle à cette gestion participative. ­Emmanuel, un trentenaire arrivé il y a sept ans et investi dans la municipalité, en est sûr : ici, c’est l’avenir. “C’est une grande répétition générale, dit-il. On a la chance de faire partie de cette expérience.” D’ailleurs, à Paris, on garde un œil sur le village drômois. La commission nationale du débat public s’est associée à la municipalité sur le PLU participatif. “C’est flatteur, se réjouit-on à la mairie. D’habitude, ils ne s’occupent que de gros projets.”

Mais au Café des Sports, on ne s’intéresse pas trop à Paris, sauf pour commenter, accoudé au comptoir, les images qui défilent à la télé. On y parle Gilets jaunes et futur grand débat national. À l’écran, un bandeau bleu affiche “Les Français vont prendre la ­parole”. Les Saillansois, eux, l’ont déjà prise. Enfin, ils essaient.

Les “sages” et l’avenir de la terre ?

Le retour de la consigne en France rejetée par les sénateurs

Cette mesure du projet de loi sur l’économie circulaire, censée lutter contre la pollution des bouteilles plastiques, a été considérée comme une perte de revenus pour les collectivités locales.

Le senat et l’écologie 

via le monde,

Par  et   Publié le 27 septembre 2019 à 17h56 – Mis à jour le 27 septembre 2019 à 18h28

Le projet de loi économie circulaire, défendu par la secrétaire d’Etat Brune Poirson, prévoit dans sa version initiale, la mise en place de la consigne, un système où les consommateurs rapporteraient leurs bouteilles en plastique ou les canettes, dans des points de collecte prévus à cet effet.
Le projet de loi économie circulaire, défendu par la secrétaire d’Etat Brune Poirson, prévoit dans sa version initiale, la mise en place de la consigne, un système où les consommateurs rapporteraient leurs bouteilles en plastique ou les canettes, dans des points de collecte prévus à cet effet. JOEL SAGET / AFP

Brune Poirson avait fait de la mise en place de la consigne l’emblème du projet de loi sur l’économie circulaire. « Il faut à tout texte de loi son objet transitionnel, son symbole. Pour ce projet, ce sera peut-être la consigne », avait déclaré la secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la transition énergétique et solidaire, lors de son audition au Sénat, le 10 septembre. Quelques semaines plus tard, le ton a changé. « Non, la consigne n’est pas la mesure-phare du projet de loi », déclarait-elle aux sénateurs, jeudi 26 septembre. Entre-temps, le sujet est devenu le terrain d’affrontements tendus avec les parlementaires, qui ont rejeté, jeudi, le principe de la mesure telle que proposée par le gouvernement.

Le projet de loi économie circulaire comporte d’autres mesures. Il met l’accent sur le recyclage, la durée de vie des appareils. Il interdit la destruction de matériel invendu et propose d’introduire un indice de « réparabilité » des appareils électriques et électroniques, ou d’obliger les vendeurs à indiquer si les pièces détachées pour les réparer sont disponibles ou non. Il prévoit encore une meilleure organisation des filières de gestion des déchets dans le bâtiment, au cœur de la problématique des décharges sauvages, et crée six nouvelles filières de « responsabilité élargie du producteur » (REP), dont le tabac, les lingettes sanitaires, les articles de bricolage et de jardinage, ou encore de sport, comme les vélos. Mais la consigne, elle, continue de faire la quasi-unanimité contre elle au palais du Luxembourg.

« Chaque année en France, 200 millions de bouteilles, de canettes ou de briques se retrouvent dans la nature », Brune Poirson

De quoi parle-t-on ? De la mise en place d’un système où les consommateurs rapporteraient leurs bouteilles en plastique ou les canettes, dans des points de collecte. Ils se verraient, en échange, remettre quelques centimes. Un système déjà mis en place dans dix pays de l’Union européenne, cinq autres se préparant à l’appliquer. L’objectif est de lutter contre la pollution des bouteilles en plastique qui, faute d’atterrir dans un bac de recyclage, sont soit incinérées avec d’autres ordures ménagères, soit mises en décharge, ou, pire, abandonnées dans la nature. « Chaque année en France, 200 millions de bouteilles, de canettes ou de briques se retrouvent dans la nature ; sur les 16,7 milliards que nous consommons, 7 milliards ne sont pas recyclées », a précisé la secrétaire d’Etat, lors de l’ouverture des débats mardi. L’objectif du gouvernement est d’atteindre 100 % de plastiques recyclés d’ici à 2025, celui de l’Union européenne est de 90 % de bouteilles recyclées d’ici à 2030.

 

La “grande bouffe” avec François de Rugy

lien vers ‘article : Politis.net

Dîners fastueux : François de Rugy a-t-il été blanchi par un rapport de l’Assemblée ?

Fact-checking · 6 sep. 2019 à 08:00 · Commentaires 0

François de Rugy - Affaire Mediapart

Vous pouvez écrire sur internet ce que vous voulez”. Invité de l’émission C à vous sur France 5 le 3 septembre, François de Rugy a fustigé “une petite entreprise qui est dans l’impunité la plus totale”, sans la nommer. Comme si Mediapart n’était pas un site d’information reconnu, obéissant à des règles déontologiques. Car c’est bien connu, on publie n’importe quoi sur internet.

Son attaque contre Mediapart est intervenue 24h après la publication d’un nouvel article du site d’information, dénonçant les mensonges répétés de l’ancien ministre. Un article précis, sérieux, bien étayé, qui déconstruit patiemment l’argumentaire de l’ancien ministre. Un travail journalistique irréprochable… que nous allons vous faire partager afin qu’internet ne soit pas, comme l’affirme de Rugy, un espace où l’on publie n’importe quoi.

Épisode 1 : Les dîners fastueux de François de Rugy

Mediapart a accusé François de Rugy d’avoir organisé des dîners fastueux à l’hôtel de Lassay lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale. Des dîners qui n’avaient rien de professionnels.

Après sa démission, l’ancien ministre a pourtant fait le tour des plateaux télés et des radios pour affirmer qu’il avait été blanchi par un rapport de l’Assemblée nationale. Ce rapport dirait “noir sur blanc que les dîners à l’Assemblée étaient des dîners professionnels, qui rentreraient dans le cadre de [ses] fonctions” a-t-il déclaré sur BFMTV le 29 juillet. Sauf que c’est faux, comme le démontre Mediapart : “Bien que très complaisant parce que réalisé par son ancien subordonné, le rapport de l’Assemblée a tout de même épinglé trois des douze dîners mis en cause : le repas de Noël 2017, la soirée de la St Valentin 2018, et un troisième dîner sans « thème de discussion »”, explique le site d’information. De Rugy a d’ailleurs promis de rembourser les frais incombant à ces trois dîners. Il est donc faux de dire que le rapport de l’Assemblée l’a “blanchi”.

S’agissant du dîner de la St Valentin, De Rugy a d’ailleurs apporté une excuse bidon sur BFMTV, en expliquant qu’il avait dîné à l’hôtel de Lassay, et non au restaurant avec sa femme, parce qu’il se trouvait “entre deux séances” parlementaires, “l’après-midi, le soir”. Or, c’est faux, comme l’a précisé l’AFP : le 14 février 2018, la séance a non seulement été levée à 19h20 mais De Rugy l’a quittée bien avant, à 16h10, selon le compte-rendu de séance.

Quant aux neuf autres dîners épinglés par Mediapart, le rapport de l’Assemblée estime qu’ils ne posaient “pas de difficulté particulière” et “ne sauraient être qualifiés de privés”. Des conclusions que conteste Mediapart. Plusieurs participants ont reconnu que ces dîners n’avaient rien de professionnels. Parmi eux figure notamment l’éditorialiste Jean-Michel Aphatie. Auprès du Point et de Paris Match, Séverine de Rugy elle-même a reconnu que les photos qui avaient circulé avaient été prises par des “amies”, “des amitiés vieilles de plus de quinze ans”.

Preuve qu’il y’a eu des manquements dans l’organisation de ces dîners : le successeur de François de Rugy au perchoir de l’Assemblée, Richard Ferrand, a annoncé cet été la création d’un groupe de travail pour renforcer “les règles et procédures de la Présidence”.

*** Sources
– Interview de François de Rugy face à Apolline de Malherbe, BFMTV, 29.07.2019
– Extrait de l’interview de François de Rugy sur France 5, Twitter, 03.09.2019
– Rémi Banet, “De Rugy “entre deux séances” le soir de la Saint-Valentin 2018 ? Il avait quitté le perchoir à 16h10”, AFP Factuel, 30.07.2019
– Fabrice Arfi, Michaël Hadjenberg, Antton Rouget et Marine Turchi, « Affaire Rugy : un été d’intox », Mediapart, 03.09.2019

Affaire de Rugy - Mediapart

l’écologie VS ce gouvernement-

Dans la série “Faites ce que je dis mais pas ce que je fais” pour l’écologie de ce gouvernement, Bravo Bruno Le Maire.

La destruction d’espaces protégés : un business qui rapporte grâce au Grenelle de l’environnement

Enquete · 29 sep. 2014 à 19:02 · Commentaires 1

Espaces protégées

Voilà un décret qui est passé complètement inaperçu : le 29 décembre 2011, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, l’Etat a mis en place le principe de “compensation” environnementale. En clair, les industriels du bâtiment peuvent construire dans des zones où les espaces animales et végétales sont protégées, à condition de “compenser” les dégâts. Concrètement, “il s’agit de réparer la biodiversité à l’équivalent de ce qui a été détruit (voire plus) sur un terrain situé si possible au plus près du chantier”, explique Le Canard enchaîné qui a révélé l’affaire, dans une indifférence générale.

Sur le papier, l’idée est donc plutôt écologique. C’est le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) qui est chargé d’étudier les dossiers. Prolongement d’autoroutes ou de lignes TGV, construction de zones d’activité ou de parcs immobiliers : si ces projets se font sur des zones protégées, les industriels doivent compenser ces destructions. On détruit une forêt protégée ? Des arbres sont plantés ailleurs. Une zone humide protégée est asséchée ? On remet un lac un peu plus loin.

Des compensations parfois “farfelues”, sans obligation de résultats

Revers de la médaille : sous-prétexte que l’on peut “compenser”, de plus en plus de dérogations sont accordées. Le nombre de dossiers traités par le CNPN est ainsi passé de 44 à 297 par an. On détruit à tout va… et on compense comme on peut. Comme on peut, car une vraie concurrence s’est installée entre les bureaux d’étude qui proposent, clé en main, des projets de compensation. Quitte parfois à proposer des chantiers incohérents, comme par exemple ce bureau d’étude qui a suggéré de construire des nichoirs pour les chauve-souris… alors que les chauve-souris ne nichent pas.

Et les exemples farfelus de ce type sont nombreux : à Marseille, le projet de terminal méthanier Fos Faster, en Camarge, prévoit , par exemple, de compenser 140 hectares de terre ferme où vivent des lézards et des oiseaux protégés par 123 hectares de marais. Très bien. Sauf que Le Canard rappelle que les marais sont la plupart du temps immergés. Et jusqu’à preuve du contraire, les oiseaux et les lézards ne savent pas encore nagés.

Un business qui rapporte

La destruction d’espaces protégées est devenue un véritable business : “Pour une ZAC d’une dizaine d’hectares à proximité de zones humides avec quelques espèces protégées, il faut compter 15 000 euros l’étude. Et 50 000 euros pour les aménagements”, explique un professionnel du secteur. Des sociétés ont même racheté des centaines d’hectares de terrains qui serviront uniquement à des projets de “compensation”. Avec l’effet pervers qui va avec : si le nombre de ces sociétés qui “stockent” des hectares disponibles se multiplie, elles auront besoin de toujours plus de destructions pour être rentables. Avec le risque de proposer des projets farfelus comme on l’a vu… sans que l’Etat n’y trouve rien à dire puisqu’il n’y a aucune obligation de résultats. Si les oiseaux protégés ne s’adaptent pas aux nouveaux espaces créés, tant pis pour eux !

*** Sources
– “La pipistrelle rapporte gros”, Le Canard enchaîné n°4895, 20.08.2014
– “La pipistrelle rapporte gros 2”, Le Canard enchaîné n°4896, 27.08.2014

Pipistrelle - Canard enchaîné

L’écologie VS ce gouvernement

Dans la série “Faites ce que je dis mais pas ce que je fais” pour l’écologie de ce gouvernement, Bravo Bruno Le Maire.
http://www.politique.net/2019090301-destruction-foret-prote…

Exploitation d’uranium : Bruno Le Maire obtient la destruction de 382 ha de forêt protégée

Enquete · 3 sep. 2019 à 13:45 · Commentaires 0

Kazakstan

Alors qu’Emmanuel Macron a déploré la destruction de la forêt amazonienne, le gouvernement est resté plutôt discret sur la décision de détruire 382 ha de forêt protégée pour exploiter des terres riches en uranium.

L’histoire est racontée par Le Canard enchaîné dans son édition du 28 août : en octobre 2018, la société française Orano (ex-Areva), spécialisée dans l’énergie nucléaire, a obtenu le permis d’exploiter une terre riche en uranium, située au Kazakhstan. Cette surface boisée comprenant des saxaouls, un arbre protégé depuis 2017 au Kazakhstan, le décret d’exploitation imposait à l’industriel français de conserver cette espèce protégée. Problème : la technique d’extraction du minerai choisie par Orano nécessite de raser toute la forêt.

C’est là que le ministre de l’économie entre en scène : “lors d’un discret déplacement au Kazakhstan, le 30 juillet, Bruno Le Maire a obtenu des nouveaux dirigeants du cru le déclassement de cette forêt protégée de 382 ha”, explique Le Canard. Moyennant une compensation financière, le gouvernement kazakh a publié un nouveau décret transformant cet espace boisé en zone minière !

Contacté par l’hebdomadaire satirique, le ministère de l’Economie a minimisé cette décision en affirmant que “382 ha détruits sur une steppe boisée de 700 000 ha, c’est quand même une toute petite parcelle”. Bah voyons…

*** Source
– “Forêts protégées : Le Maire rase gratis !”, Le Canard enchaîné n°5155, 28.08.2019

Foret protégée - Canard enchainé

Présidentielle et démocratie ?

Présidentielle et démocratie ?

Rien n’est plus malsain pour notre pays que l’élection du Président de la République au suffrage universel direct. De cette sorte de monarchie constitutionnelle instaurée par Charles de Gaulle en 1962, l’Histoire dira probablement que tous les Présidents qui ont succédé à cette fonction, ont été des usurpateurs. Inutile d’insister sur ce qu’ont été les derniers septennats et quinquennats, sans compter celui en cours : un fiasco le plus souvent. En dehors de l’anomalie que constitue la concurrence entre deux légitimités de même niveau, celle-là et celle du Parlement dont le pouvoir est également issu du suffrage universel direct, il y a une grave distorsion politique dans le fait que peu de temps après l’élection du Président de la République, on entre en campagne pour l’élection suivante.

On le voit avec la médiatisation excessive des hommes politiques connus, ce qui obère l’arrivée de femmes et d’hommes nouveaux, et, de façon flagrante, la présence permanente de N.Sarkozy qui occupe le terrain à la moindre occasion, à coups d’annonces, pataugeant dans des réformettes d’intérêt secondaires. Rien n’est plus malsain car cette dérive entraîne, un éloignement des vrais problèmes, par exemple celui de faire le bon choix pour combattre la crise et ses conséquences sociales. L’écran de fumée est permanent. Depuis au moins une décennie, la France est gagnée par la gangrène de la médiocrité. Aidé en cela par certains nostalgiques du pouvoir qui se laissent manipuler par un Président, petit pour sa fonction, mais grand en machiavélisme.

Alors que faire ? Une des meilleures façons serait que le prochain candidat sérieux aux présidentielles s’engage solennellement à modifier la constitution pour supprimer ce mode d’élection présidentielle. Et démissionner dans les premiers mois s’il n’y arrive pas. Il faudrait de toute façon amender l’article 89 de la présente constitution qui ne permet pas au peuple ainsi méprisé, de modifier lui-même sa constitution par référendum. Cette initiative n’appartient qu’au Président de la République. On tourne en rond et l’on bafoue la démocratie, qui, chacun le sait, doit donner le pouvoir au peuple souverain et non aux oligarchies des classes dirigeantes.

Mais disent les politiques, si l’on fait un sondage, on constate qu’une majorité de la population aime bien ce type d’élection, qui effectivement semble lui donner un pouvoir souverain à cette occasion. A ceci près que, naïvement, il ne se rend pas compte, ce bon peuple, qu’il s’agit d’un plébiscite, qui peut s’avérer dangereux. De toute façon un sondage ne peut être un argument politique. Mais l’habitude prévaut, et les générations actuelles ne savent pas qu’il est possible de changer ce type d’élection. Rien n’empêcherait de revenir au système précédent de l’élection du Président de la république par le Congrès . La clarification des pouvoirs serait assurée. Il faut absolument que le peuple ouvre les yeux. Donc propagez cette idée dès maintenant, notamment par Internet. Il en va de notre République qui perd constamment ses repères, et se laisse enfoncer dans la décrépitude : voir l’expérience de la grenouille qui se laisse ébouillanter sans réagir si l’eau dans laquelle on l’a plongée est chauffée progressivement.

La présidentielle n’est pas la solution, elle est le problème !

La présidentielle n’est pas la solution, elle est le problème !

Une de plus !

Depuis 1965, date de la première élection présidentielle, on ne compte plus les candidats qui ont déclarés vouloir redonner le pouvoir au peuple, se situant peu ou prou dans la filiation du fameux « coup d’État permanent » de François Mitterrand, puis de son slogan de campagne : « L’objectif de la droite, garder le pouvoir, mon seul objectif, vous le rendre ».

A-t-on vraiment envie de continuer ce jeu stupide et manipulateur ? N’est-il pas temps de se débarrasser des illusions concernant la Présidentielle ? Doit-on une nouvelle fois s’épuiser à chercher un hypothétique candidat miracle qui transformerait à lui seul la nature antidémocratique de la présidentielle ? Doit-on participer à des primaires censées révéler cette personne extraordinaire ? Va-t-on, au contraire, admettre enfin que la présidentielle n’est pas la solution, mais le problème  ?

Parce qu’elle personnalise, elle réduit les débats politiques à un bruit de fond, elle embrigade et transforme les électeurs en supporters, elle ne donne pas un élu titulaire d’un mandat, donc véritablement légitime. Finalement, elle revient à donner un chèque en blanc… avec les résultats que l’on connaît. La présidentielle est, plus que jamais, un des principaux obstacles à la nécessaire reconstruction de la démocratie.
La France a besoin de réaffirmer l’importance du collectif et, prioritairement, de retrouver son propre peuple, titulaire de la souveraineté. Lui seul est capable de faire face aux défis qui s’accumulent depuis des décennies et auxquels chaque candidat prétend pouvoir faire face.

On peut penser que le pays a besoin d’un leader ; mais on ne peut pas alors se plaindre des dérives antidémocratiques inhérentes aux sociétés qui confient leur destin à un chef, éclairé ou pas. Le peuple n’a pas besoin de guide, il a besoin d’être respecté et d’exercer collectivement son pouvoir.

On peut militer pour des primaires, « citoyennes » ou pas, mais c’est refuser, une nouvelle fois, d’affronter le vrai problème. Les primaires, par essence, consistent à valider la règle absurde de la personnalisation du pouvoir. En toute analyse, et compte tenu de l’expérience, comment peut-on sérieusement prétendre utiliser la présidentielle pour faire l’inverse de son objet naturel, prétendre se placer en dehors d’un jeu dont, en même temps, on accepte les principes en se présentant ? Et pourquoi prendre un tel risque ?

Nombreux sont ceux qui considèrent le combat pour la souveraineté populaire comme utopique, ou qui ne comprennent pas que vouloir le rétablissement de celle-ci grâce à l’élection présidentielle relève du conte de fée. Pourquoi le candidat futur serait-il plus sincère que tous les autres, d’horizons divers dans le passé, qui ont fait tant de promesses non tenues précisément parce qu’ils avaient le pouvoir de ne pas les tenir ? C’est la nature de la présidentielle que d’accorder une confiance d’enfants à des personnes que rien n’oblige à l’honorer sauf la croyance qu’on met en eux.
Si on pense au contraire que la démocratie est nécessaire en cette période troublée, il faut impérativement sortir du piège présidentiel et rappeler que c’est aux citoyens eux-mêmes de se saisir de ce bien collectif qu’est la vie publique. Les responsables devront émerger de ce mouvement et en être à la fois les porte-paroles et les garants. Pas le contraire.

Certains estiment qu’il est trop tard pour poser le problème de la présidentielle alors qu’ils s’obstinent à ne pas le poser quel que soit le moment. Il n’y a ni bon, ni mauvais moment, il y a un objectif permanent. La prochaine échéance présidentielle ouvre un espace, certes bizarre, de discussion. Pourquoi ne pas s’en saisir tout en refusant d’entrer dans le jeu ? Au-delà des choix électoraux des uns et des autres, l’Association pour une Constituante refuse de s’inscrire dans cette compétition absurde : elle entend l’utiliser comme une caisse de résonance.

Nous nous trouvons à un tournant fondamental. La France, l’Europe, le monde sont en crise. Chaque peuple peut apporter sa pierre pour donner un sens humaniste à un lendemain plus qu’incertain. L’élection d’une Assemblée Constituante en France est le moyen pacifique et constructif pour sortir de l’ornière. Elle sera la concrétisation institutionnelle de ce renouveau de la souveraineté populaire qui émergera des cercles locaux où les citoyens pourront exprimer leurs exigences. Contre les figures imposées par un système dégénérescent, agissons pour la recréation de la volonté individuelle et collective.

Interpellation de lycéens à Mantes-la-Jolie

Article de Libération

Interpellation de lycéens à Mantes-la-Jolie : l’enquête de l’IGPN classée sans suite mais «L’auteur de l’enregistrement, fonctionnaire de police, fait l’objet d’une procédure de sanction administrative et une action disciplinaire est sollicitée auprès du procureur général de Versailles», a précisé vendredi la procureure de Nanterre.

Enquête.

L’enquête préliminaire confiée à l’Inspection générale de la police (IGPN) portant sur l’interpellation en décembre 2018 de 151 jeunes en marge d’une mobilisation lycéenne à Mantes-la-Jolie (Yvelines) a été classée sans suite, a appris l’AFP vendredi auprès du parquet de Nanterre. L’interpellation vue dans une vidéo filmée par un policier, et montrant des dizaines de jeunes à genoux, mains sur la tête ou menottées dans le dos, avait suscité l’indignation sur les réseaux sociaux et dans la classe politique.

> Retrouvez ici notre récit de cette journée où la jeunesse de Mantes a été mise à genoux

«Le fait de retenir les personnes interpellées en position à genoux ou assise, entravées pour certaines d’entre elles, apparaît justifié par le contexte exceptionnel de violences urbaines graves et le nombre de personnes devant être conduites dans les locaux de police, nécessitant une organisation matérielle incompressible», écrit la procureure de Nanterre, où le dossier a été dépaysé. Les plaignants «placés en garde à vue ont bénéficié des droits légaux attachés au régime de la garde à vue», souligne la procureure.

«Les violences déclarées au soutien des plaintes pour violences aggravées déposées au nom de quatre des plaignants ne sont corroborées, ni par leurs déclarations ou les observations de leurs conseils, ni par les examens médicaux des médecins légistes, ni lors de leur présentation à un magistrat dans le cadre de la prolongation de leur garde à vue», ajoute la représentante du ministère public.

«L’auteur de l’enregistrement, fonctionnaire de police, fait l’objet d’une procédure de sanction administrative et une action disciplinaire est sollicitée auprès du procureur général de Versailles», a précisé vendredi la procureure de Nanterre.

(Capture d’écran)

ALSTOM, MACRON, HISTOIRE D’UNE TRAHISON

Une enquête de Jérémie Younes et Kévin Accart !

ALSTOM, MACRON, HISTOIRE D’UNE TRAHISON

Le 22 juillet 2019

L’association de lutte anti-corruption Anticor a déposé une plainte le 17 juillet auprès du parquet de Paris pour « corruption » et « détournement de fonds publics » dans l’affaire de la vente d’Alstom énergie à General Electric [1]. L’association se demande notamment pourquoi l’ancien PDG d’Alstom Patrick Kron n’a pas été poursuivi en France, alors qu’il a plaidé coupable pour corruption aux États-Unis. Pour la peine, et à la demande générale des abonnés, nous passons en LIBRE ACCÈS une semaine cette enquête de Jérémie Younes et Kévin Accart qui vous permettra de comprendre les ressorts de cette incroyable affaire d’État. En accès libre jusqu’au dimanche 28 juillet. Profitez-en pour vous abonner et pour abonner votre banquier, c’est le moment !

L’annonce est tombée mardi 28 mai, deux jours après les élections européennes : General Electric, la multinationale américaine qui a racheté Alstom énergie il y a 4 ans, s’apprête à supprimer 1055 emplois à Belfort [2]. Comment en est-on arrivé là ? L’histoire à peine croyable de la vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric est digne d’un film d’espionnage. Un polar dans lequel on retrouve mêlés le FBI, la justice américaine, des histoires de pots de vin et de corruption… et qui remonte jusqu’au financement de la campagne d’Emmanuel Macron !

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ALSTOM, MACRON, HISTOIRE D’UNE TRAHISON par Là-bas si j’y suis

Le piège américain

En 2014, Alstom est une entreprise florissante. Bien sûr, elle est plus petite que ses concurrents directs et doit envisager des rapprochements, mais elle a 50 milliards d’euros de contrats devant elle, soit 10 ans de commandes. Bref, il n’y a pas le feu pour la vendre.

(logo du Départment of Justice)

Sauf que pour obtenir ces contrats Alstom a versé des pots de vins partout sur la planète pendant 10 ans [3].

Au moment de la vente à General Electric, Alstom est donc poursuivie depuis des années pour corruption par le Department of Justice [4], une juridiction très spéciale des États-Unis qui dépend de la Maison Blanche. Un instrument de « guerre économique ». Dans le viseur du « DOJ » se trouve un personnage central de cette affaire, Patrick Kron. En tant que PDG d’Alstom depuis 2003, Patrick Kron est tenu pour responsable par les américains de cette vaste entreprise de corruption et fait face à de très lourdes sanctions : une possible peine de prison et une énorme amende qui mettrait Alstom à plat. Pour lui faire peur et tenter de le faire chanter, la justice américaine va carrément emprisonner l’un de ses proches collaborateurs, Frédéric Pierucci, qui témoigne dans notre reportage. En somme, l’enquête de la justice américaine va être utilisée pour contraindre Patrick Kron à vendre Alstom à son concurrent américain, General Electric [5]. Un pur et simple racket.

Un pacte de corruption ?

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : une commission d’enquête parlementaire présidée par Olivier Marleix, député Les Républicains de l’Eure, a soulevé l’année dernière de très lourds soupçons : outre le chantage exercé par la justice américaine, le président de la commission d’enquête soupçonne que cette vente d’Alstom énergie a joué un rôle dans le financement de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017 [6]. En effet, c’est Emmanuel Macron qui, en novembre 2014, alors qu’il est ministre de l’Économie, autorise la vente d’Alstom. Pour une telle transaction à plusieurs milliards de dollars, des bataillons de banquiers, d’avocats d’affaires et de communicants sont engagés par les deux entreprises. Et il est très curieux, selon Olivier Marleix, « de retrouver dans la liste des donateurs d’En Marche des personnes qui étaient intéressés, directement ou indirectement, à la vente d’Alstom énergie », justement en tant que banquiers, avocats d’affaires ou actionnaires. Cela pourrait s’interpréter selon lui comme « un pacte de corruption » [7].

Olivier Marleix a signalé le 17 janvier dernier au procureur ses graves soupçons [8], conclusion de 6 mois d’enquête parlementaire et de dizaines d’auditions. Des soupçons que la justice a pris au sérieux, puisqu’une enquête a été ouverte par l’Office Centrale de Lutte contre la Corruption de Nanterre. Olivier Marleix a été entendu le 29 mai dernier par la justice dans cette affaire en cours d’instruction [9].

Qui sont-ils, ces bénéficiaires de la vente d’Alstom que l’on retrouve ensuite dans le financement de la campagne d’Emmanuel Macron ? Il suffit de se pencher quelques minutes sur la liste des donateurs pour constater des potentiels conflits d’intérêts majeurs. Nous vous révélons dans ce reportage les noms de quelques-uns de ces personnages, banquiers d’affaire et haut-fonctionnaires, qui auraient pu selon la commission d’enquête nouer un « pacte de corruption »avec Emmanuel Macron autour de la vente d’Alstom.

Pour les salariés à Belfort, une lutte à la vie à la mort

Sous le lion de Belfort, une banderole gigantesque est déployée en soutien aux salariés de General Electric (photo : Jérémie Younes)

Les salariés de Général Electric à Belfort n’ont pas prévu de se laisser voler leur patrimoine et leurs emplois sans broncher. Le 22 juin, une grande manifestation unitaire était organisée à Belfort et a rassemblé près de 10 000 personnes, tous les syndicats, et des élus de la droite jusqu’au NPA. Par deux fois déjà, ouvriers et cadres ont empêché le démarrage du plan social en bloquant l’accès aux réunions. Mais General Electric a décidé de passer en force son plan de licenciements, malgré le boycott total des négociations par les salariés. Le compte-à-rebours de trois mois est lancé et le couperet devrait tomber fin septembre.

Tant sur le plan judiciaire que social, l’affaire Alstom-GE est loin d’être terminée. Mais la justice est lente, et elle n’a souvent pas autant de courage pour poursuivre les cols blancs que de zèle pour punir les gilets jaunes. En attendant, dans « la ville aux Trois Sièges » [10] au glorieux passé résistant, c’est une lutte à la vie à la mort qui s’engage.

journaliste : Jérémie Younes
réalisation : Kevin Accart
son : Alexandre Lambert et Sylvain Richard

Prix des carburants, pourquoi ne pas ponctionner les français pendant les vacances 😠

Prix à la pompe : un été à haut risque pour les automobilistes

Par Antoine Izambard le 12.07.2019

La remontée récente des cours pétroliers devrait se répercuter cet été sur les prix à la pompe qui ont profondément baissé ces dernières semaines.

Jeudi 11 juillet, le Brent (référence européenne) et le WTI américain ont ainsi atteint, avec respectivement 67,65 dollars et 60,94 dollars, leur plus haut depuis un mois et demi.

AFP/ARCHIVES – PHILIPPE HUGUEN

Les automobilistes ont enfin retrouvé le sourire mais cela ne devrait pas durer. Alors que les prix à la pompe ont chuté ces dernières semaines – en un mois ils ont perdu près de 10 centimes, les cours pétroliers remontent en flèche. Jeudi, le Brent (référence européenne) et le WTI américain ont ainsi atteint, avec respectivement 67,65 dollars et 60,94 dollars, leur plus haut depuis un mois et demi. Une hausse qui s’explique par la baisse plus importante que prévu des stocks américains, annoncée mercredi par l’agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) et par la prolongation le 2 juillet de l’accord de limitation de la production décidé par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et la Russie.

Ce regain des cours, qui s’est traduit par une hausse de près de 14% du Brent depuis début juin, ne devrait pas véritablement impacter le consommateur avant le mois d’août. Les cours pétroliers, qui représentent environ 30% du prix des carburants, mettent un certain temps avant d’avoir un effet sur la vie quotidienne des automobilistes. “Entre le moment où le pétrole est acheté et celui où il sort de la raffinerie pour être mis en vente dans les stations-service, il s’écoule environ 45 jours, répond Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI AM. Les Européens, qui achètent leur pétrole en majorité dans le Golfe, l’acheminent par bateau et cela prend du temps. Aux États-Unis, par exemple, l’évolution des cours se répercute beaucoup plus vite sur les prix à la pompe car d’une part le pays est producteur de pétrole et d’autre part l’acheminement se fait par pipeline, ce qui est nettement plus rapide”.

Décalage entre prix à la pompe et du baril

Ce décalage entre les cours du brut et les prix à la pompe peut même être plus important. Selon l’Institut national de la consommation (INC), ce délai peut atteindre un maximum de deux mois en fonction des différents process de transport-distribution (stockages en dépôt, acheminement en station-service et exploitation du point de vente). “Cet aspect logistique peut retarder ou accélérer les effets des cours pétroliers sur les prix à la pompe, poursuit Benjamin Louvet. De manière générale, ce décalage a été considérablement réduit en raison des progrès logistiques effectués”. Compte-tenu de ces éléments, la traduction de cette hausse des cours sur les prix à la pompe devrait intervenir en août, au beau milieu des vacances estivales.

A plus long terme, un certain nombre de spécialistes s’accordent à dire que les prix pourraient connaître une hausse bien plus forte. Comme l’a annoncé l’AIE dans son rapport annuel sur les perspectives du marché en novembre, l’insuffisance des investissements dans la production pétrolière pourrait aussi entraîner un déséquilibre du marché mondial à moyen terme et donc favoriser une hausse des prix. Pour maintenir la production à son niveau actuel, les pétroliers doivent investir 630 milliards de dollars par an. Or en 2015, ils ont dépensé 450 milliards de dollars, moins de 400 en 2016 et pour 2017 et 2018 ces investissements se chiffrent à 450 milliards de dollars. “On se dirige vers une situation où l’on manquera de pétrole dans les prochaines années, poursuit Benjamin Louvet. Les investissements pétroliers sont de plus en plus faibles et dessinent le scénario d’un déficit d’offre ces prochaines années.”

Problème structurel du schiste

Cette faiblesse des investissements pétroliers se heurte aussi aux lois de la physique. Dans les gisements conventionnels arrivés à maturité, la déplétion naturelle est de 5% par an si l’on n’y investit pas pour en maintenir au moins le niveau de production. Selon l’AIE, le pétrole de schiste américain aura également du mal à combler ce manque. Le shale souffre en effet d’une faiblesse structurelle: contrairement aux hydrocarbures traditionnels, les puits de pétrole de schiste sont éphémères, chaque gisement contenant une quantité limitée d’hydrocarbures. Selon les spécialistes, au bout de dix-huit mois ces derniers perdent 70% de leur productivité et leur durée de vie est d’environ cinq ans. Un ensemble de facteurs qui font craindre à l’AIE un effondrement de la production de pétrole en 2025.

La vie de château sur fonds publics des époux de Rugy

La vie de château sur fonds publics des époux de Rugy

 PAR 
Article Médiapart

L’ancien président de l’Assemblée nationale et actuel ministre d’État, François de Rugy, et sa femme ont multiplié, entre 2017 et 2018, aux frais de la République, de somptueuses agapes entre amis dignes de grands dîners d’État, selon une enquête de Mediapart. François de Rugy préfère parler de « dîners informels liés à l’exercice de ses fonctions avec des personnalités issues de la société civile ».

L’ancien président de l’Assemblée nationale et actuel ministre d’État, François de Rugy, et sa femme ont multiplié, entre 2017 et 2018, aux frais de la République, de somptueuses agapes entre amis dignes de grands dîners d’État, selon des documents, photos et témoignages obtenus par Mediapart.

Cette débauche de dîners de grand standing, essentiellement organisés par Séverine de Rugy, journaliste people à Gala, a pris de telles proportions qu’elle a suscité l’indignation de certains fonctionnaires de l’Assemblée nationale.

François et Séverine de Rugy, le 21 février 2019. © ReutersFrançois et Séverine de Rugy, le 21 février 2019. © Reuters

Le personnel a en effet été mis à contribution à de très nombreuses reprises, parfois jusqu’à tard dans la nuit, pour ces soirées qui avaient lieu dans les salons de l’hôtel de Lassay, la résidence du président de l’Assemblée nationale, sans qu’il y ait de lien évident avec les fonctions d’alors de François de Rugy.

Cette pratique apparaît en franche contradiction avec le combat mené depuis des années par François de Rugy pour la transparence et une meilleure gestion des deniers publics au Parlement.

Député depuis 2007, François de Rugy fut le premier président de l’Assemblée nationale sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, de juin 2017 à septembre 2018. Il a par la suite été nommé ministre d’État, numéro 2 du gouvernement dans l’ordre protocolaire, chargé de la transition écologique et solidaire après la démission du gouvernement de Nicolas Hulot.

En septembre 2017, l’ancien élu écolo, qui a rejoint le groupe La République en marche (LREM), se plaignait d’ailleurs au micro de l’émission Quotidien d’un certain laisser-aller à l’Assemblée : « Je veux qu’il y ait une comptabilité analytique, transparente, et qu’on sache bien, à l’Assemblée nationale, qu’est-ce qui coûte quoi. Aussi bizarre que ça puisse paraître, aujourd’hui ce n’est pas le cas. »

Dans le cas des dîners privés des époux de Rugy – Mediapart a pu en identifier une dizaine entre octobre 2017 et juin 2018 –, la mécanique mondaine était toujours la même. Cela commençait par un carton d’invitation imprimé sur du papier luxueux, avec, en page de garde, la photo imprimée de l’hôtel de Lassay suivie de l’histoire du lieu à base d’anecdotes sur la duchesse de Bourbon. Le tout noué par une jolie cordelette rouge.

Pour les heureux invités, essentiellement des amis de Séverine de Rugy et de son mari, la suite n’était que luxe et volupté sous les ors – et avec les moyens – de la République : verres en cristal, porcelaines, petites cuillères en or, chandeliers, vaisselles d’apparat, bouquets de fleurs composés pour l’occasion selon la couleur choisie par madame.

Séverine de Rugy devant un mouton-rothschild 2004 siglé du centenaire de l'Entente cordiale entre l'Angleterre et la France. © DR/MediapartSéverine de Rugy devant un mouton-rothschild 2004 siglé du centenaire de l’Entente cordiale entre l’Angleterre et la France. © DR/Mediapart

Mais les participants, entre dix et trente par dîner, se souviennent surtout des champagnes et des vins offerts par les hôtes. Toujours des grands crus directement issus des caves de l’Assemblée, réputée pour être l’une des mieux garnies de France.Les photos de ces soirées fastueuses le confirment : on y a bu entre amis du mouton-rothschild 2004 du centenaire de l’Entente cordiale entre l’Angleterre et la France (au moins 500 euros la bouteille, en photo ci-contre), du Château Cheval Blanc 2001 (550 euros), du Château d’Yquem 1999 (265 euros la bouteille), du Château Pichon-Longueville (100 euros), de la Clarté de Haut-Brion 2014 (100 euros), du Château Brane-Cantenac 2000 (120 euros), du pavillon-rouge du château Margaux 2003 (200 euros)…

Selon un bon connaisseur de l’Assemblée, aucun grand cru ne peut sortir des caves sans une autorisation particulière.

La nourriture ne laissait pas non plus à désirer, comme en témoigne un cliché des homards géants finement préparés en cuisine offerts aux convives, dont des membres de sa famille, en décembre 2017 (voir ci-dessous)« Ce n’était pas vraiment le genre à la bonne franquette, ça, c’est sûr », se souvient, amusé, un participant.

François de Rugy, qui aime à citer de Gaulle, ne s’inscrit pas vraiment dans les pas du fondateur de la Ve République, connu pour payer de sa poche les goûters de ses petits-enfants.

À la table des époux De Rugy. © DR/MediapartÀ la table des époux De Rugy. © DR/Mediapart

Selon les listes d’invités consultées par Mediapart, les convives appartenaient tous au cercle relationnel et surtout amical de Séverine de Rugy, qui déclarait il y a peu à Femme actuelle : « Être femme de ministre, c’est être au service de la France. Cela donne des devoirs d’exemplarité. »On retrouvait ainsi, pêle-mêle, à la table du président de l’Assemblée nationale et de son épouse des copains et copines de la communication et du journalisme, des réalisateurs, des producteurs, de gens la finance, des actrices ou des écrivains de seconde zone…

Contacté par Mediapart, le cabinet de François de Rugy a répondu par écrit le mardi 9 juillet (voir sous l’onglet Prolonger l’intégralité des réponses apportées).

De Rugy préfère parler de « dîners informels liés à l’exercice de ses fonctions avec des personnalités issues de la société civile », tout en insistant sur une baisse de 13 % des frais de réception à l’hôtel de Lassay.

« [Ces dîners] rassemblaient le plus souvent une dizaine (deux fois une vingtaine, plusieurs fois moins de dix) de personnalités, issues du monde économique, médiatique, culturel, scientifique, universitaire. Ils visaient à répondre à l’exigence de représentation liée à sa fonction auprès de la société civile, ainsi qu’à nourrir son action de président de l’Assemblée nationale, dont le rôle est par essence d’intervenir et de travailler sur une très grande variété de sujets liés à l’action publique », observe-t-on dans l’entourage du ministre d’État.

Interrogée lundi 8 juillet, Séverine de Rugy a pourtant confirmé qu’elle opérait elle-même un « filtre relationnel » et que les invités appartenaient pour l’immense majorité à son cercle « amical »« Pour moi, ce n’est pas privé parce qu’en fait, c’est du relationnel qui permet de se mettre au courant et de s’intéresser à ce que font les gens », explique-t-elle. Avant de poursuivre : « Certes, ça appartient à un cercle amical mais on n’est pas là pour se taper la cloche. Effectivement, je connais des gens mais quand on les voit, on parle toujours de politique et y a des choses qui en sortent en relationnel. »

« Son épouse connaissait certaines des personnes conviées à ces dîners, d’autres pas, tout comme François de Rugy », tempère-t-on dans l’entourage du ministre de l’écologie.

Selon Mme de Rugy, ces dîners avaient surtout une fonction essentielle pour son mari : l’aider à rester connecté à la vraie vie. « Quand vous êtes un homme politique, vous ne pouvez pas vous couper de la société », dit-elle. En dégustant des grands crus à plusieurs centaines d’euros la bouteille ?

« Avec François, on boit très peu, répond Séverine de Rugy. Il y a une cave à l’Assemblée qui est très conséquente. On nous met à disposition des bouteilles, j’imagine que M. Ferrand [actuel président de l’Assemblée – ndlr], c’est la même chose. Je n’ai jamais demandé quoi que ce soit et je n’ai jamais vérifié ce qu’on mettait comme vin. Ce n’est pas mon truc. »

Contacté, le cabinet de Richard Ferrand dément des pratiques analogues et explique que ses dîners à l’hôtel de Lassay n’excèdent guère un ou deux convives, souvent des parlementaires ou des membres du gouvernement.

« Quel que soit le déjeuner ou le dîner, les menus, y compris le vin servi, étaient choisis par le service restauration de l’Assemblée nationale. François de Rugy n’a jamais passé aucune commande spécifique et n’a jamais rien fait acheter en externe », explique pour sa part le cabinet de François de Rugy.

Plusieurs participants aux soirées des époux de Rugy ont remis en cause auprès de Mediapart le caractère professionnel des dîners. C’est le cas par exemple de l’éditorialiste Jean-Michel Aphatie, dont la femme est une amie de Séverine de Rugy. « J’ai participé à un dîner une fois, à l’automne 2017, indique le journaliste d’Europe 1 et France 5. C’est une invitation qui m’est parvenue par ma femme. J’ai hésité à y aller parce que si le déjeuner est un espace de travail, le dîner est un espace ambigu. Là, j’ai dit oui… J’ai vite compris que cela n’avait pas beaucoup de sens d’être là pour moi. Ce n’est pas un dîner de travail. Et si c’était à refaire, non, je ne le referais pas. »

François de Rugy, pour la Saint-Valentin 2018. © DR/MediapartFrançois de Rugy, pour la Saint-Valentin 2018. © DR/Mediapart

D’après les éléments recueillis par Mediapart, le personnel et les moyens de l’Assemblée nationale ont également été mobilisés pour des événements intimes du couple. Exemple : la Saint-Valentin 2018 (voir photo ci-contre), avec compositions florales et desserts en chocolat en forme de cœur, sans oublier un jeté de pétales de roses rouges sur nappe blanche.« Pour le jour de la Saint-Valentin, le service de restauration de l’hôtel de Lassay a eu la délicate attention, sans qu’aucune demande préalable leur soit faite, de décorer la table de François de Rugy et son épouse », explique-t-on dans l’entourage de l’ex-président de l’Assemblée.

François de Rugy avait déjà été épinglé par la presse pour avoir organisé, le 17 décembre 2017, le déjeuner de son mariage à l’hôtel de Lassay, ce qui avait beaucoup fait jaser en interne à l’Assemblée. Mais il était parvenu à éteindre la polémique en affirmant qu’il avait payé les frais engagés.

En novembre 2018, lors d’une discussion organisée par Le Parisien avec des « gilets jaunes », François de Rugy avait déclaré : « Il faut que nous, les politiques, y compris au plus haut niveau, on s’interroge sur nos façons de faire et d’être. »

Nous voulons la démocratie dans la FI

les Insoumis Démocrates lancent cette pétition adressée à Manuel Bompard, Président de l’association La France Insoumise et à Jean-Luc Mélenchon.

Pour signer la pétition cliquez -> ici

Nous, Insoumises et Insoumis, les 7 millions de démocrates qui ont porté la campagne présidentielle et le Programme l’Avenir en Commun, attendons depuis les élections législatives la construction d’un grand mouvement démocratique, social, écologiste et humaniste.

Un parti en action, ou chacun pourrait être enfin entendu et écouté, ou les orientations politiques seraient discutées, ou les 24 millions d’euros environ reçus par l’association sur 5 ans pourraient équitablement, et de manière transparente, être utilisés pour soutenir nos ambitions à tous-tes, sur tous les territoires.

L’immense majorité d’entre nous n’avait pas pour but d’être au seul service des égos de quelques privilégiés issus d’une “élite” autoproclamée, aux actions volontairement opaques, faisant « FI » de notre programme originel : l’Avenir En Commun.

Nous, Insoumis.es Démocrates, n’avons pas besoin de chef suprême ni de mouvement gazo-vaseux, mais d’une démocratie participative militante et inclusive.

Nous, Insoumis.es Démocrates, voulons collectivement continuer la construction de notre Avenir en Commun. 

Vous avez voulu faire sans nous ; et bien, vous, la « gouvernance autoproclamée » de la France Insoumise, devez assumer le résultat des élections Européennes : une extrême droite à près de 25 %, une droite à 75 %, une gauche éclatée et désorientée à moins de 25 % ; et un vote France Insoumise refusé par les 2/3 des électeurs d’il y a deux ans ; à qui la faute ?

En signant cette pétition, nous sommons les responsables de l’association constituée en parti politique « La France Insoumise » de revenir dans le cadre légal. C’est-à-dire permettre aux Insoumis-es fidèles à l’esprit du programme l’Avenir en Commun de :

1/ Devenir membres officiels et légaux et de la France Insoumise.

2/ Elire leurs représentants.

3/ Débattre librement et voter les orientations politiques et les priorités budgétaires associées.

Pour signer la pétition cliquez -> ici

Vidéo-réunion d’avril. Jeudi 02/05 à 20h00

Réunion par vidéo jeudi 02/05 à 20H00.

Réunions vidéo

Bonjour à toutes et tous,

Vidéo-réunion d’avril, jeudi 02 à 20h00.

Nous vous proposons deux sujets en discussion libre :

1- Les €uropéenes (vote du 26/05);

2- Notre projet : les municipales et les Assemblées Citoyennes;

3- Vos propositions.

 

La salle de réunion ouvre vers 19h45 pour régler, si nécessaire, les soucis techniques éventuels.

Voici le lien de connexion: –> vidéo-réunion.

Connectez-vous et, si vous n’avez pas déjà téléchargé le petit logiciel Zoom, suivez les instructions qui vous sont proposés.

Prenez le temps de vous inscrire sur le site de –> : “Zoom”c’est gratuit, vos noms apparaîtrons et il sera plus facile de nous reconnaître.

Je vous laisse mon N° de téléphone : 06 13 20 40 92. Vous pouvez m’appeler en cas de problème de connexion.

A jeudi soir.

Amitié militante

Patrick pour “Les Insoumis Démocrates

Fédération populaire, encore une “stratégie électorale” de JLM

La présidentielle et les carrières politiques individuelles, on s’en fout. Reprenons le pouvoir qui nous a été confisqué par la finance et les politiques de “métier”. Organisons des assemblées citoyennes locales et prenons part aux décisions communales, départementales, régionales. Rejoignez-nous afin de mettre ce concept en application en s’appuyant sur l’AEC. insoumisdemocrates.fr

“Fédération populaire” Quésako ?

Assemblée Générale annuelle du 28 mars 2019 à 20H00.

Assemblée Générale des “Insoumis Démocrates”

jeudi 28 mars à 20H00

Bonjour à vous toutes et tous,

Vous avez montré votre intérêt à notre démarche en vous inscrivant sur notre site insoumisdemocrates.fr ou en répondant à nos différents courriers.

Notre association est maintenant créée et dispose d’un compte bancaire ce qui assure notre autonomie.

Notre Assemblée Générale annuelle est une étape déterminante pour la poursuite de notre action.

Elle sera l’occasion de nous retrouver et d’élire, entre-autre, notre conseil d’administration.

Votre présence est indispensable pour créditer notre et nos actions.

Ordre du jour :

1 – Élection des nouveaux membres au Conseil d’Administration ;

2 – Fixation des montants de cotisation ;

3 – Pertinence du mot “Insoumis” dans le titre de l’association ;

4 – Groupes locaux et Assemblée citoyenne ;

5 – Notre engagement pour les municipales de 2020.

La salle de réunion ouvre vers 19h45 pour régler, si nécessaire, les soucis techniques éventuels.

Voici le lien de connexion: –> vidéo-réunion.

Connectez-vous et, si vous n’avez pas déjà téléchargé le petit logiciel Zoom, suivez les instructions qui vous sont proposés.

Prenez le temps de vous inscrire sur le site de –> : “Zoom”c’est gratuit, vos noms apparaîtrons et il sera plus facile de nous reconnaître.

Je vous laisse mon N° de téléphone : 06 13 20 40 92. Vous pouvez m’appeler en cas de problème de connexion.

A jeudi soir.

Amitié militante

Patrick pour “Les Insoumis Démocrates

Emmanuel Macron, le vertige autoritaire

Emmanuel Macron, le vertige autoritaire

Article Médiapart

 PAR 

La décision de mobiliser la troupe, samedi, pour endiguer les manifestations à Paris est sans précédent depuis les grandes grèves de 1947-48. Année après année, le mouvement social est un peu plus criminalisé et les libertés bafouées. Homme sans limites et sans mémoire, le chef de l’État franchit un nouveau pas

La mesure a été prise personnellement par Emmanuel Macron, a-t-il été souligné, puis annoncée en conseil des ministres. « Nous ne pouvons pas laisser une infime minorité violente abîmer notre pays et détériorer l’image de la France à l’étranger », a aussitôt déclaré Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. Enfin, cette décision vient clore plusieurs jours de déclarations publiques du chef de l’État et de son ministre de l’intérieur promettant la foudre aux futurs manifestants après les graves incidents de samedi dernier sur les Champs-Élysées.

Marche du siècle, 16 mars 2019. © MJMarche du siècle, 16 mars 2019. © MJ

Le pouvoir choisit donc d’organiser un face-à-face entre l’armée et le peuple. « Vous voulez de l’ordre public ? Cela implique de passer à l’offensive. On peut craindre des blessés, voire des morts », prévient un député de la majorité, cité par Le Monde. Sommes-nous encore en France ? Imagine-t-on une telle mesure et de tels propos tenus, par exemple en Italie, par le ministre d’extrême droite Matteo Salvini, par exemple en Hongrie, par le premier ministre nationaliste Viktor Orbán, par exemple en Russie, par Vladimir Poutine ? Le tollé serait immédiat.L’opération Sentinelle est un dispositif antiterroriste visant à protéger la population contre toute attaque ou attentat. Son cahier des charges est extrêmement précis et son cadre d’intervention soigneusement délimité.

Or voilà ce dispositif antiterroriste utilisé contre un mouvement social et des manifestants, sans que cela ne soulève une immense vague d’indignation. Entretemps, le pouvoir s’est efforcé de gagner la bataille du vocabulaire : les manifestants ont été appelés « factieux », « foule haineuse », « brutes », ils sont aujourd’hui des « émeutiers » qui veulent « renverser la République ».

Jamais en reste d’un coup de menton, Ségolène Royal a, en ces termes, résumé ce qui se dit et se pense dans les cercles du pouvoir : « Je me suis demandé pourquoi ça n’avait pas été fait plus tôt (…) Certes les black blocs ne sont pas des terroristes, mais ils sèment la terreur. Et donc c’est la même chose. » En 1912, Jean Jaurès décrivait cette bataille des mots « Un des procédés classiques de la bourgeoisie, c’est lorsqu’un mot a cessé de faire peur, d’en susciter un autre… Pendant une génération, la bourgeoisie a cru que, pour épouvanter le pays, il lui suffisait de dénoncer le socialisme. Puis, le pays s’est acclimaté au socialisme. Maintenant, c’est le même tour avec le mot “sabotage”. »

C’est donc gagné pour les black blocs, leur démonstration est faite. Leur stratégie de toujours est de démontrer, en organisant l’affrontement systématique avec les forces de l’ordre, que la nature profonde de tout État capitaliste est autoritaire ou dictatoriale. Nous y sommes, l’État mobilise la troupe pour endiguer et mieux réprimer un mouvement social désormais considéré comme « un ennemi intérieur », seul motif d’engagement de l’armée sur le territoire national, comme l’ont rappelé les successifs livres blancs sur la défense.

Explications de Benjamin Griveaux : « Le dispositif Sentinelle aura à sécuriser les points fixes et statiques et permettra aux forces de l’ordre de se concentrer sur les mouvements, le maintien et le rétablissement de l’ordre. » Explication complémentaire de Matignon : autant que possible, les militaires ne se retrouveront pas au contact direct des manifestants. Il ne s’agit que de libérer des effectifs de gendarmes et de policiers jusqu’alors immobilisés dans des gardes statiques (Élysée, Matignon, ministères, grandes administrations) et ne pouvant donc concourir directement au maintien de l’ordre.

Ces propos ne font que relever d’un grossier mensonge. Car les milliers de soldats mobilisés viendront bel et bien participer à un dispositif global de maintien de l’ordre. Car, rien ne peut exclure que des face-à-face armée-manifestants ne se produisent, d’autant que les parcours des manifestations de gilets jaunes ne sont jamais fixés à l’avance et tournent souvent à l’errance dans Paris.

Plus grave encore, au vu des quatre mois et demi de manifestations, rien ne peut exclure que des groupes de manifestants surchauffés, pris dans des charges policières ou des avalanches de tirs de lacrymogènes ou de LBD (black blocs, gilets jaunes ou autres), ne décident de s’en prendre à des troupes officiellement chargées de garder des bâtiments.

Et alors ? « Et qu’est-ce qui se passe après ? Les militaires tirent ? C’est un métier la police ! Quelles que soient les circonstances, l’armée ne peut et ne doit assurer aucune tâche de police », a protesté Jean-Luc Mélenchon, mercredi soir sur BFM. « Vous êtes devenus fous ! », a-t-il ajouté à l’adresse de François Bayrou. Une exclamation qui faisait écho à celle du député de centre-droit Charles de Courson quand il s’indignait de la loi anticasseurs « Mais où sommes-nous ? Réveillez-vous mes chers collègues ! C’est la dérive complète ! C’est une pure folie de voter ce texte ! On se croit revenu sous le régime de Vichy. »

Même le sénateur Bruno Retailleau, qui fait de la surenchère sécuritaire son fonds de commerce, s’interroge : « Que se passerait-il si un groupe de black blocs s’en prenait physiquement à des militaires à proximité des Champs-Élysées ? Les militaires ne sont pas formés au maintien de l’ordre. Les militaires sont formés à se battre, à faire la guerre, à répondre par les armes à ceux qui les assaillent. »

C’est également ce qu’avait dit celle qui n’a pas réagi depuis mercredi, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État à la défense. Interrogée en décembre 2018 sur LCI, elle avait exclu toute mobilisation militaire. « Pour ce qui est de l’armée, non. Les armées n’interviennent pas dans des missions de sécurité publique intérieure. Les armées, actuellement, leur ennemi, ce sont les terroristes », disait-elle.

Autre mensonge du pouvoir, d’ailleurs démenti par la mise en scène de l’annonce présidentielle : il ne s’agirait certainement pas d’un acte politique mais d’une mesure technique. Du pragmatisme en quelque sorte pour calmer une base policière et gendarmesque épuisée par ces mois de manifestations et donner un peu de grain à moudre aux syndicats policiers…

Georges Clemenceau, Jean Jaurès et Jules Moch

Or c’est tout autre chose qu’a revendiqué, jeudi, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner. Depuis samedi, l’homme est pointé du doigt pour son incompétence, sa brutalité et son incapacité à se faire obéir par ses services. Il s’est donc placé jeudi sous le patronage de Georges Clemenceau en installant le nouveau préfet de police de Paris. « Votre modèle est Georges Clemenceau, sa main n’a jamais tremblé quand il s’agissait de se battre pour la France, la vôtre ne devra pas trembler non plus », a-t-il osé déclarer en référence aux manifestations.

Lens, au cœur du bassin minier, 1906. L'armée est déployée contre les mineurs. © (dr)Lens, au cœur du bassin minier, 1906. L’armée est déployée contre les mineurs. © (dr)

Il ne s’agissait pas là du Clemenceau de la Grande Guerre, mais du Clemenceau ministre de l’intérieur. Celui qui, après la catastrophe minière de Courrières, fit donner la troupe en 1906 pour écraser dans le sang les grèves dans les charbonnages puis continua les années suivantes à réprimer dans la violence les mouvements ouvriers. Cette année-là, Jean Jaurès s’indignait dans plusieurs éditoriaux que cette violence patronale et cette répression politique délibérées produisent à la chaîne des violences ouvrières (lire ici et également ici)À Lens, un journal local écrit : « L’armée est partout et protège les bâtiments publics comme la Poste et le lycée Condorcet. » Protection des bâtiments publics : c’est ce que nous annonce le gouvernement.

Le pouvoir a ainsi choisi de s’inscrire dans cette histoire particulière de répression sanglante des mouvements sociaux. L’armée n’a jamais été appelée à intervenir dans de telles situations depuis les grandes grèves de 1947-1948. Les communistes venaient de quitter le gouvernement, la guerre froide était engagée, et le gouvernement de la jeune IVe République décida de pourchasser l’« ennemi intérieur ».

C’est un socialiste, Jules Moch, alors ministre de l’intérieur, qui envoya les troupes pour mater les mineurs. Il mobilise 60 000 CRS et soldats pour imposer aux 15 000 grévistes la reprise du travail. L’armée occupe les puits de mine. Bilan : plus de trois mille licenciements, six morts et de nombreux blessés (lire ici cette étude des Cahiers d’histoire sociale). Ce n’est qu’en 2014 que Christiane Taubira, alors ministre de la justice, a demandé l’indemnisation des familles de mineurs illégalement licenciés.

Le choix d’Emmanuel Macron n’est donc pas d’opportunité ou de pragmatisme. Il est une décision politique de durcir encore l’appareil de répression des mouvements sociaux pour mieux s’afficher comme le tenant du parti de l’ordre. Jusqu’alors, le pouvoir avait généralisé des dispositifs testés dans les quartiers populaires, à l’occasion des émeutes de 2005, puis développés sous Nicolas Sarkozy (réforme des retraites) et François Hollande (loi travail El Khomri).

Christophe Castaner et la ministre de la justice Nicole Belloubet ont ensuite donné de nouvelles armes au système répressif : usage systématique des LBD (lanceurs de balles de défense), intervention des groupes policiers des BAC – non formés au maintien de l’ordre –, gardes à vue massives et souvent illégales, interpellations préventives, etc. Le recours à la troupe s’inscrit dans cette surenchère de violences voulues et provoquées par le pouvoir.

Cette escalade s’accompagne d’une agressivité grandissante du ministre et du premier ministre. La plupart de leurs déclarations, depuis samedi, visent à préparer l’opinion à l’accident, c’est-à-dire à un ou des morts. « Si nous avons une stratégie qui permet aux forces de l’ordre d’être plus mobiles, d’être plus dynamiques, d’être plus fermes, il y a plus de risques » d’accidents, a assumé, lundi soir sur France 2, le premier ministre Édouard Philippe. Là où l’obsession de tous les gouvernements, depuis au moins 1968, a été d’éviter des blessés graves ou des morts, le pouvoir actuel n’en fait plus sa priorité.

Et cela pose directement la question du président de la République. Emmanuel Macron n’a cessé, depuis novembre, d’assumer et de demander un renforcement des moyens de répression. On sait le bilan : des milliers de blessés, une femme âgée tuée à Marseille par une grenade, 22 personnes éborgnées, cinq personnes ayant eu une main arrachée : lire ici notre bilan complet effectué par David Dufresne.

Qu’a répondu la semaine dernière encore Emmanuel Macron ? « Répression, violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. » L’économiste et philosophe Frédéric Lordon lui a répondu en ces termes : « Mais M. Macron, vous êtes irréparable. Comment dire : dans un État de droit, ce ne sont pas ces mots, ce sont ces choses qui sont inacceptables. À une morte, 22 éborgnés et 5 mains arrachées, vous vous repoudrez la perruque et vous nous dites : “Je n’aime pas le terme répression, parce qu’il ne correspond pas à la réalité”. La question – mais quasi psychiatrique – qui s’ensuit, c’est de savoir dans quelle réalité au juste vous demeurez » (lire ici dans Le Club l’intégralité de sa réponse).

Ce n’est pas qu’une question rhétorique. C’est désormais l’interrogation qui pèse sur cette présidence saisie de vertige autoritaire et d’auto-contemplation. « Autoritaire : qui use de toute l’autorité qu’il possède sans s’imposer de limite », dit le Larousse. Et n’est-il pas véritablement sans limites, Emmanuel Macron, dans son usage des institutions, sa gestion des corps intermédiaires et de l’opinion ?

Quel est donc ce président qui, après avoir moqué « Jojo le gilet jaune » lors d’un premier débat avec les élus, s’égare dans une logorrhée verbale que plus personne n’écoute ? Quel est ce président qui veut vendre à l’opinion comme un exploit sportif et politique le fait de parler huit heures et dix minutes avec des intellectuels qu’il rabroue ou n’écoute pas ?

L’affaire Benalla, débutée le 1er Mai dernier et révélée en juillet, a spectaculairement dévoilé les dérèglements d’une présidence faisant fi de toutes règles, l’autoritarisme du chef prenant le relais de sa force de conviction quand celle-ci venait à défaillir. Le résultat est que l’Élysée est aujourd’hui un château fantôme où les personnages clés sont partis, ont été congédiés ou sont aujourd’hui inquiétés par la justice.

La crise politique n’a cessé de s’aggraver depuis cette affaire qui a aussi désorganisé l’appareil d’État (la préfecture de police de Paris en particulier). Faute de réponse politique susceptible d’entraîner ou à tout le moins de calmer le pays, il ne reste au chef de l’État que cette fuite en avant dans un autoritarisme porteur de nouveaux drames et de nouvelles crises.

Réunion importante jeudi 21 mars 2019 : préparation de notre Assemblée Générale annuelle.

Jeudi 21 mars à 20h00, réunion importante afin de préparer notre “Assemblée Générale” annuelle avec notamment :

– Son ordre du jour;

– Fixation du montant des cotisations;

– Élections des nouveaux membres au Conseil d’Administration;

– Changement éventuel du nom de l’association;

– Vos propositions.

Pour nous rejoindre, inscrivez-vous sur le site “Les Insoumis Démocrates”, rendez-vous à  la rubrique “Les vidéo-réunions” et suivez les instructions de connexion.

Un nouveau groupe politique est né : le “Centre Gauche Libéral”. 😂

 

En plus de Aurore Lalucq (porte parole de B. Hamon) , Nouvelle Donne et Pierre Larrouturou rejoignent Glucksmann et le PS. 

Lien vers l’article de “Libération”

Européennes.Nouvelle Donne, le parti fondé par l’économiste Pierre Larrouturou, et Aurore Lalucq, une des porte-parole de Génération-s, ont annoncé lundi leur ralliement à la liste que conduira Raphaël Glucksmann pour les européennes, avec le soutien du PS. «Je m’engage, avec Anne Hessel et les militants de Nouvelle Donne, dans cette campagne», a déclaré Larrouturou à l’AFP lundi soir.

L’économiste, qui a adhéré et quitté trois fois le PS, a créé Nouvelle Donne en 2013, après l’échec de la motion qu’il avait portée avec Stéphane Hessel (père d’Anne) au Congrès de Toulouse du PS en 2012. Le parti a obtenu 3% des voix aux élections européennes de 2014.

Depuis décembre 2017, Larrouturou fait avec le climatalogue Jean Jouzel la promotion du «Pacte finance-climat», qui propose notamment de «créer un vrai budget climat au niveau européen, doté de 100 milliards d’euros chaque année». Le texte a obtenu le soutien de très nombreuses personnalités dont l’ancien maire de Bordeaux Alain Juppé ou le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez. Selon des sources socialistes, Larrouturou pourrait se voir attribuer la cinquième place sur la liste tirée par Glucksmann.

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