Prix des carburants, pourquoi ne pas ponctionner les fran√ßais pendant les vacances ūüė†

Prix à la pompe : un été à haut risque pour les automobilistes

Par Antoine Izambard le 12.07.2019

La remontée récente des cours pétroliers devrait se répercuter cet été sur les prix à la pompe qui ont profondément baissé ces dernières semaines.

Jeudi 11 juillet, le Brent (référence européenne) et le WTI américain ont ainsi atteint, avec respectivement 67,65 dollars et 60,94 dollars, leur plus haut depuis un mois et demi.

AFP/ARCHIVES – PHILIPPE HUGUEN

Les automobilistes ont enfin retrouv√© le sourire mais cela ne devrait pas durer. Alors que les prix √† la pompe ont chut√© ces derni√®res semaines – en un mois ils ont perdu pr√®s de 10 centimes, les cours p√©troliers remontent en fl√®che. Jeudi, le Brent (r√©f√©rence europ√©enne) et le WTI am√©ricain ont ainsi atteint, avec respectivement¬†67,65 dollars et 60,94 dollars, leur plus haut depuis un mois et demi. Une hausse qui s’explique par la baisse plus importante que pr√©vu des stocks am√©ricains, annonc√©e mercredi par l’agence am√©ricaine d’information sur l’√©nergie (EIA) et par la prolongation le 2 juillet de¬†l’accord de limitation de la production¬†d√©cid√© par¬†l’Organisation des pays exportateurs de p√©trole (Opep) et la Russie.

Ce regain des cours, qui s’est traduit par une hausse de pr√®s de 14% du Brent depuis d√©but juin, ne devrait pas v√©ritablement impacter le consommateur avant le mois d’ao√Ľt. Les cours p√©troliers, qui repr√©sentent environ 30% du prix des carburants, mettent un certain temps avant d’avoir un effet sur la vie quotidienne des automobilistes.¬†“Entre le moment o√Ļ le p√©trole est achet√© et celui o√Ļ il sort de la raffinerie pour √™tre mis en vente dans les stations-service, il s’√©coule environ 45 jours,¬†r√©pond¬†Benjamin Louvet,¬†g√©rant mati√®res premi√®res chez OFI AM. Les Europ√©ens, qui ach√®tent leur p√©trole en majorit√© dans le Golfe, l’acheminent par bateau et cela prend du temps. Aux √Čtats-Unis, par exemple, l’√©volution des cours se r√©percute beaucoup plus vite sur les prix √† la pompe car d’une part le pays est producteur de p√©trole et d’autre part l’acheminement se fait par pipeline, ce qui est nettement plus rapide”.

Décalage entre prix à la pompe et du baril

Ce d√©calage entre les cours du brut et les prix √† la pompe peut m√™me √™tre plus important.¬†Selon l’Institut national de la consommation (INC), ce d√©lai peut atteindre un maximum de deux mois en fonction des diff√©rents¬†process¬†de¬†transport-distribution¬†(stockages en d√©p√īt, acheminement en station-service et exploitation du point de vente). “Cet aspect logistique peut retarder ou acc√©l√©rer les effets des cours p√©troliers sur les prix √† la pompe, poursuit¬†Benjamin Louvet. De mani√®re g√©n√©rale, ce d√©calage a √©t√© consid√©rablement r√©duit en raison des progr√®s logistiques effectu√©s”. Compte-tenu de ces √©l√©ments, la traduction de cette hausse des cours sur les prix √† la pompe devrait intervenir en ao√Ľt, au beau milieu des vacances estivales.

A plus long terme, un certain nombre de sp√©cialistes s’accordent √† dire que les prix pourraient conna√ģtre une hausse bien plus forte.¬†Comme l’a annonc√© l’AIE¬†dans son rapport annuel sur les perspectives du march√© en novembre,¬†l’insuffisance des investissements dans la production p√©troli√®re pourrait aussi entra√ģner un d√©s√©quilibre du march√© mondial √† moyen terme et donc favoriser une hausse des prix. Pour maintenir la production √† son niveau actuel, les p√©troliers doivent investir 630 milliards de dollars par an. Or en 2015, ils ont d√©pens√© 450 milliards de dollars, moins de 400 en 2016 et pour 2017 et 2018 ces investissements se chiffrent √† 450 milliards de dollars. “On se dirige vers une situation o√Ļ l’on manquera de p√©trole dans les prochaines ann√©es, poursuit Benjamin Louvet. Les investissements p√©troliers sont de plus en plus faibles et dessinent le sc√©nario d’un d√©ficit d’offre ces prochaines ann√©es.”

Problème structurel du schiste

Cette faiblesse des investissements p√©troliers se heurte aussi aux lois de la physique.¬†Dans les gisements conventionnels arriv√©s √† maturit√©, la d√©pl√©tion naturelle est de 5% par an si l’on n’y investit pas pour en maintenir au moins le niveau de production.¬†Selon¬†l’AIE, le¬†p√©trole de schiste am√©ricain aura √©galement du mal √† combler ce manque.¬†Le¬†shale¬†souffre en effet d’une¬†faiblesse structurelle: contrairement aux hydrocarbures traditionnels, les puits de p√©trole de schiste sont √©ph√©m√®res, chaque gisement contenant une quantit√© limit√©e d’hydrocarbures. Selon les sp√©cialistes, au bout de dix-huit mois ces derniers perdent 70% de leur productivit√© et leur dur√©e de vie est d’environ cinq ans. Un ensemble de facteurs qui font craindre √† l’AIE un effondrement de la production de p√©trole en 2025.

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