Il est où François de Rugy, la Guyane est pourtant un département français, mais ……..

A l’Assemblée, le débat sur la Montagne d’or n’attire pas les foules

11 FÉVRIER 2019 PAR CHRISTOPHE GUEUGNEAU

 

Jeudi dernier, une dizaine seulement de députés ont débattu du projet de méga mine d’or industrielle en Guyane. Les deux députés guyanais, l’un opposé au projet et l’autre favorable, ont pu interpeller le ministre de la transition écologique François de Rugy. Ce dernier, qui se rendra bientôt sur place, devrait trancher d’ici juin.

 

C’est un petit débat – pas plus d’une dizaine de députés – mais c’est un débat quand même. Jeudi 7 février, à l’occasion de la semaine du contrôle parlementaire, était organisé un débat sur la Montagne d’or, le méga projet minier d’extraction au cœur de la forêt amazonienne, en Guyane. Peu de députés dans l’hémicycle, mais un ministre pour répondre, celui de la transition écologique François de Rugy.

Selon le maître d’ouvrage, un consortium russo-canadien, l’objectif est d’extraire 85 tonnes d’or de réserves déjà définies sur le gisement, soit la production de 6,7 tonnes d’or par an sur douze ans. Pour ce faire, la société va pulvériser des millions de tonnes de roches, creusant une fosse de 2,5 kilomètres de long pour environ 400 mètres de large, et qui aura 250 mètres de profondeur (lire notre série d’enquêtes sur le sujet).

Surtout, de multiples risques environnementaux sont soulignés par les contempteurs de la mine : la déforestation nécessaire aux installations, l’utilisation du cyanure, le risque de remontée de métaux lourds présents naturellement dans le sol, la gestion des déchets miniers et celle de l’après-mine.

Le débat parlementaire intervenait en outre une dizaine de jours après la rupture d’un barrage dans l’État brésilien du Minas Gerais, le 15 janvier dernier. La catastrophe a coûté la vie à au moins 150 personnes.

En Guyane, deux camps s’affrontent mais de force inégale. Le débat public mené au premier semestre 2018 a montré que la population était assez généralement hostile au projet, en particulier les populations autochtones (lire notre article). En face, les forces économiques et surtout politiques guyanaises y sont majoritairement favorables, sensibles à la promesse d’emplois – environ 700 emplois directs et 3 000 emplois indirects selon les promoteurs – dans un territoire qui en manque cruellement.

L’entrée de la route menant au futur site de la Montagne d’or, à une dizaine de kilomètres de Saint-Laurent-du-Maroni. © CG

Les deux positions se sont retrouvées à l’Assemblée nationale avec les deux députés de Guyane : contre le projet, Gabriel Serville (GDR), à l’initiative du débat ; pour, Lénaïck Adam (LREM).

Intervenant pour ouvrir le débat, Gabriel Serville a fustigé une « Montagne d’or qui sera en fait un gigantesque trou ». Le député a également rappelé le « refus massif » des populations autochtones. « Je vous demande solennellement de renoncer à ce projet, à cette folie meurtrière », a-t-il lancé à l’attention de François de Rugy, appelant à « mettre la Guyane sur la voie du développement durable ».

Gabriel Serville est déjà à l’origine d’une proposition de résolution, cosignée par 65 députés de tout bord, visant à interdire l’utilisation des technologies à base de cyanure pour l’extraction aurifère. La compagnie Montagne d’Or compte utiliser près de 3 000 tonnes par an de cyanure de sodium (soit 8,33 tonnes/jour, ou 36 000 tonnes sur les douze années d’extraction prévues). Le produit sera stocké et utilisé au cœur de la forêt amazonienne, sur un bassin versant qui alimente en eau potable une bonne partie de la région, soulignent les ONG.

Celles-ci ont beau jeu de rappeler que l’interdiction du cyanure dans l’industrie minière a été votée par le Parlement européen en 2010. Ou de citer en exemple la récente catastrophe de Tianjin (Chine), le 12 août 2015 : 114 morts et plus de 700 blessés. Le procédé est d’autant plus critiqué que la Montagne d’or se situe en pleine forêt, entre deux réserves biologiques intégrales (Lucifer et Dékou-Dékou).

À ces objections, le ministre François de Rugy a fait une étonnante réponse, affirmant entendre « ce [qui est dit] sur le cyanure mais sans parler du mercure »« Aujourd’hui, a ajouté le ministre, le mercure est utilisé à grande échelle par plusieurs centaines d’exploitants. » L’utilisation du mercure, en particulier par les orpailleurs clandestins présents en Guyane, est un immense problème, dénoncé par les ONG et les peuples autochtones. Cela ne rend pas l’utilisation du cyanure plus propre pour autant.

Outre Gabriel Serville, d’autres députés ont fait entendre leur opposition au projet. Au nom de La France insoumise, Mathilde Panot puis Danièle Obono sont intervenues. Pour la première, il s’agit d’un « projet désastreux »« Ce projet d’un autre siècle doit évidemment être abandonné », a-t-elle ajouté, tandis que sa collègue Danièle Obono demandait « la suspension définitive d’un projet néfaste ».

Intervenant au nom du groupe UDI, Agir et Indépendants, Maïna Sage (Polynésie française) a de son côté rappelé la « responsabilité [des députés] face à l’histoire de la Guyane qui a déjà été exploitée ». Maïna Sage a notamment mentionné la présence en Guyane de la base de tirs de Kourou et ses maigres retombées sur le territoire. « L’avis qui nous intéresse le plus est celui des Guyanais », a-t-elle ajouté, rejointe quelques instants plus tard par la députée Maud Petit (MoDem). Celle-ci, s’adressant au ministre, lui a demandé si un référendum local était envisagé.

Réponse en deux temps du ministre : « Les élus sont pour le projet, on pourrait dire qu’ils sont légitimes. » Puis à propos du référendum local : « S’il se dégage une majorité, considérerait-on que les minorités sont respectées ? »

Devant la mairie de Saint-Laurent-du-Maroni, en juin dernier le maire, Léon Bertrand, et le député local, Lénaïck Adam, sont épinglés pour leur soutien à la CMO. © CG

L’intervention de Lénaïck Adam, l’autre député de Guyane mais lui favorable au projet, a donné une bonne idée de l’avenir de la Guyane défendu par les autorités locales. Agressif, Lenaïck Adam n’a eu de cesse de dénoncer « la démagogie » et « la malhonnêteté intellectuelle » des opposants au projet, leur « militantisme de spectacle ». Affirmant n’être pas un défenseur de la Montagne d’or, Adam a conclu son intervention par ces mots : « Ce que je veux dire ici, c’est défendre le droit de chaque Guyanais d’exploiter les richesses minières de son pays. »

Une position auprès de laquelle celle du ministre de la transition écologique passait pour mesurée. Lors de plusieurs interventions, François de Rugy a en effet défendu la position du gouvernement – et d’Emmanuel Macron, qui a dit début février que le projet n’était « pas au niveau » : en substance, le projet Montagne d’or doit encore faire ses preuves, tant en termes environnementaux qu’en termes économiques.

Il s’agit, selon le ministre, d’une affaire de « conciliation entre l’activité humaine et l’environnement »« En Guyane, on est au coeur de cette contradiction, ce n’est pas facile, il faut en être pleinement conscient », a-t-il ajouté. « Notre responsabilité, c’est de toujours trouver la bonne voie entre l’activité humaine, les activités pour les humains, pour qu’ils gagnent leur vie, qu’ils trouvent du travail, et la protection de l’environnement. Si on ne peut pas concilier les choses, on fera un choix », a-t-il précisé à un autre moment.

« Dans les jours qui viennent, un rapport conjoint d’inspection va être restitué sur l’activité aurifère, ses impacts sur l’environnement, ses retombées économiques », a encore indiqué François de Rugy. Le ministre a annoncé qu’il se rendrait sur place avant la fin du semestre. « Au terme de ce déplacement, je serai amené à prendre position au nom du gouvernement », a-t-il dit.

On verra alors si cette position du gouvernement saura échapper au lobbying intense des promoteurs du projet. En tout début de séance, la députée écologiste Delphine Batho a ainsi demandé un rappel au règlement. La députée, elle-même ancienne ministre de l’écologie, s’est interrogée devant ses collègues sur les sollicitations d’une société de communication qui agissait au nom de la Montagne d’or, à la fin de 2018. Sauf que cette entreprise de communication n’était pas enregistrée sur le site de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique à ce moment-là et qu’elle ne l’est toujours pas. Pour Delphine Batho, il s’agit donc d’une « entreprise clandestine de lobbying », contre laquelle elle « souhaite alerter le déontologue de l’Assemblée ».

Lors d’une autre intervention, Delphine Batho a demandé l’avis de François de Rugy sur l’embauche par Columbus Gold, l’entreprise canadienne qui copilote le projet de Montagne d’or, de Pierre Cunéo, son ancien directeur de cabinet (nous en parlions dans cet article). Elle a également demandé au ministre si les porteurs du projet avaient rencontré le cabinet du ministre ou son administration. Ce qu’a admis le ministre.

En creux du débat est aussi revenue la question de la réforme du code minier, serpent de mer depuis de nombreuses années, et de sa version amoindrie, le concept de « mine responsable ». Lancé en 2015, le projet visait à mettre en place un livre blanc. Quand Emmanuel Macron, président de la République, s’est rendu en Guyane en 2017, il a réaffirmé son soutien à la Montagne d’or, car celle-ci respecterait ce concept. Or, le projet de livre blanc a fait long feu.

Interrogé par Mediapart en juin dernier, le service presse du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), service géologique national français, reconnaît que « le livre blanc n’a, en effet, pas été publié. Il est actuellement en attente du côté du ministère et n’existe donc pas en tant que tel »« Toutefois, un référentiel technique a été rendu public sur le site mineralinfo, collection “les mines en France” », ajoute le BRGM.

François de Rugy a reconnu le « caractère obsolète du code minier, héritage avec lequel on travaille aujourd’hui », indiquant qu’il souhaitait réformer ce code en « repartant de zéro ». D’ici là, le projet de Montagne d’or devrait ou bien être sorti de terre, ou bien tomber dans les limbes, selon le choix du gouvernement. Ce qui est sûr, comme l’a déclaré François de Rugy à l’Assemblée, « on ne fera pas de ce projet un projet exemplaire tel qu’il est parti »

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